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Le temps des assassins

mercredi 30 juillet 2014 - 06h:28

Ramzy Baroud

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Le Premier Ministre Benjamin Netanyahou n’est pas le seul dirigeant coupable du bain de sang à Gaza. D’autres dirigeants dans les capitales européennes devraient aussi être tenus responsables.

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François Hollande (à d.), ici en pleine séance de flagornerie avec Netanyahou, s’est fait depuis longtemps le complice des crimes commis contre la population palestinienne, et il illustre à merveille l’hypocrisie, la couardise et l’absence de tout sens moral des dirigeants européens

Aux yeux de certains, Le Secrétaire d’État John Kerry peut apparaître comme un authentique pacifiste puisqu’il a lancé quelques idées au cours de sa visite au Caire le 25 juillet au sujet d’un cessez-le-feu entre Israël et les combattants palestiniens à Gaza.

Mais derrière son langage diplomatique mesuré, il y a une vérité que même un haut diplomate américain ne peut facilement dissimuler. Son pays est extrêmement impliqué dans la conduite de cette sale guerre contre Gaza qui a tué plus de 1050 personnes, en a blessé des milliers d’autres et a détruit tant de choses dans un espace déjà si pauvre et dégradé qu’il était à peine habitable.

La guerre des États-Unis contre Gaza

L’aide économique et militaire à Israël se mesure annuellement en milliards, et le gouvernement US continue d’être le plus puissant et le plus ardent allié et bienfaiteur politique d’Israël. En fait, la « relation spéciale » USA-Israël devient de plus en plus « spéciale » même si Israël plonge de plus en plus profondément dans l’abîme d’un isolement bien mérité.

Il est vrai que certains, même dans le camp réclamant justice pour les Palestiniens, disent combien exceptionnelle et équitable l’administration Obama a été comparée à ses prédécesseurs. Toutefois ils négligent le fait qu’à part quelques déclarations particulièrement fortes, Obama a été un fidèle inconditionnel d’Israël qui a garanti sa vision de sa sécurité en allant jusqu’à défendre l’opération guerrière Bordure Protectrice – le massacre de milliers de civils innocents à Gaza.

Le 5 mars 2014, un projet de loi déposé au Congrès - The United States-Israel Strategic Partnership Act (H.R. 938, S. 462) – stipulait qu’Israël est un partenaire stratégique majeur des États-Unis ». Cette loi de grande envergure couvrait de nombreux programmes, de l’énergie à « des programmes pilote de recherche » entre Israël et le Département de la Sécurité nationale. Il faut surtout noter que le Congrès exige maintenant des rapports complémentaires qui actualiseraient l’engagement étatsunien dans « l’avantage militaire qualitatif d’Israël » (Israel’s Qualitative Military Edge (QME).

Ce n’est là qu’une des nombreuses propositions de loi et initiatives gouvernementales qui continuent à conférer à Israël un statut spécial immérité. Mais l’avantage militaire est utilisé principalement pour maintenir l’occupation militaire illégale d’Israël.

La plupart des victimes d’Israël dans cette dernière offensive contre Gaza sont de civils qui sont tués par des armes américaines.

Il n’y a pas à en sortir : les USA sont partenaires des crimes israéliens à Gaza et dans le reste de la Palestine. Sans un renversement complet de l’attitude étatsunienne envers Israël, les États-Unis seront privés de toute crédibilité comme pacificateurs ou médiateurs de cessez-le-feu.

Mais le soutien américain à Israël franchit de nouvelles lignes rouges. Il y aurait plus de 1.000 citoyens US combattant dans l’armée israélienne selon les rapports qui font maintenant surface suite à la mort de deux soldats israélo-américains - Max Steinberg, 24 ans, de Californie et Nissim Sean Carmeli, 21 ans, du Texas.

Comme le reste des soldats des FDI tués dans les récents combats, ils ont été tués en envahissant des parties de la bande de Gaza assiégée. Mais ce nombre doit être une litote puisque certains des colons juifs les plus ardents sont aussi des Américains, et il se trouve qu’ils sont armés et dangereux. Bien que cela suscite un peu de bourdonnement médiatique, il n’y a pas de crise politique. Au lieu de cela, on se contente de présenter des condoléances aux familles des Américains menant la guerre génocidaire contre Gaza.

La duplicité de l’UE

Les États-Unis ne sont pas seuls en cause. Des gouvernement européens étalent une hypocrisie incroyable en continuant de parler un double langage dans leurs approches des conflits au Moyen-Orient en général, et de la situation en Palestine en particulier.

La pression de plus en plus forte de la société civile européenne rend un petit peu plus compliqué aux gouvernement européens de donner à Israël autant d’ amour et de soutien inconditionnel que ce que lui accordent les États-Unis. L’hypocrisie européenne est trop palpable, même pour les politiciens habiles à dissimuler.

Le gouvernement britannique est honteusement du côté israélien, même quand des familles entières à Gaza sont pulvérisées par les armes et la technologie occidentales. Par ailleurs le gouvernement français a interdit à la société française de manifester sa solidarité avec les palestiniens assiégés et massacrés à Gaza.

Mais pourquoi interdire de simples manifestations de solidarité alors que la France, les États-Unis et d’autres gouvernements occidentaux permettent à leurs citoyens juifs de s’enrôler dans les forces de Défense israéliennes (FDI) qui sont activement en train de tuer des civils palestiniens ?

N’est-ce pas là une préoccupation bien plus importante pour le fourbe gouvernement français que quelques manifestants scandant des slogans à un rassemblement de solidarité et qu’on pourra ou non considérer comme des antisémites ?

En effet, non seulement les gouvernements occidentaux fournissent à Israël des armes, des fonds et une couverture politique pour soutenir son occupation et ses guerres, mais ils y contribuent aussi avec des milliers d’experts militaires et d’équipements sur le terrain pour combattre à Gaza, où crimes de guerre et crimes contre l’humanité sont perpétrés à chaque heure du jour.

Considérez donc ceci : alors que des citoyens britanniques combattant le gouvernement syrien de Bashar al-Assad sont détenus et persécutés, les citoyens britanniques qui se battent pour Israël ne le sont pas. Le gouvernement britannique détourne les yeux de ce qui devrait être considéré comme un acte criminel.

Le double standard de la Belgique

L’hypocrisie occidentale est à cet égard est aussi profonde que le phénomène des Occidentaux tueurs de Palestiniens, que certains appellent maintenant des djhadistes israéliens.

La Belgique elle aussi est accusée de tolérer une telle criminalité. Alors que la société belge est une des plus ferventes partisanes de la Palestine, son gouvernement est d’une malhonnêteté manifeste. Pas mal de citoyens belges prennent part également aux guerres meurtrières à Gaza et à l’occupation du territoire occupé, suscitant peu ou pas du tout de protestation de leur gouvernement.

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Encore un adolescent blessé par un tir israélien à Gaza, le 27 juillet 2014 - Photo : MEE/Mohamed Asad

Le recrutement de Belges se fait surtout via les mêmes organisations qui recrutent des milliers de combattants étrangers pour les FDI. Ce sont des organisations de chasseurs de têtes terroristes qui opèrent dans un environnement parfaitement légal.

Récemment, le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, a appelé le gouvernement belge à supprimer la double citoyenneté des « djihadistes syriens ». Son appel a été lancé lors de sa visite à la synagogue de Bruxelles après la fusillade qui a tué quatre personnes, commise par un citoyen présumé français soupçonné d’avoir passé quelque temps à combattre en Syrie. La Ministre de la Justice Annemie Turtelboom a repris l’initiative en appelant les pays UE à bloquer les djhadistes voulant se rendre en Syrie, set en suggérant la création d’une liste de toutes les personnes considérées comme « djhadistes syriens ».

Mais quid du nombre de Belges qui combattent, tuent et commettent des crimes de guerre en faveur d’Israël ? Pourquoi le gouvernement belge reste-t-il silencieux sur ceux qui sont dans l’armée israélienne, sans la moindre déclaration publiée jusqu’à présent, même après que le citoyen belge Eytan Barak a été tué ?

Les Français … et les autres

Non seulement le gouvernement belge a lamentablement échoué à empêcher des Belges de combattre à Gaza, mais les médias dominants s’abstiennent également à rendre compte de tels faits. Seule les médias alternatifs semblent intéressés par ce qui devrait être un sujet majeur à Bruxelles.

Les mêmes questions se posent à d’autres gouvernements. L’hypersensible gouvernement français a fermé les yeux quand un citoyen français a été tué pendant le massacre de Gaza. Alors que le quotidien Haaretz rapportait la mort du sergent-chef Jordan Bensemhoun, la plupart des médias et le gouvernement français regardaient ailleurs. Ce même gouvernement qui continue de rendre la vie difficile aux immigrants africains en France ne voit aucun problème à ce que ses propres migrants prennent part à des guerres étrangères qui violent leurs propres lois sur la citoyenneté.

En fait, les Français envisagent maintenant une interdiction de six mois contre ceux qui voyagent en Syrie et en Irak, pour éviter qu’ils ne risquent d’être recrutés dans les conflit de ces pays. Mais pour ce qui est de voyager en Israël pour rejoindre les FDI ? C’est que, pour Paris, ça n’a rien à voir.

La liste des pays participants s’allonge, tout comme le nombre de présumés criminels de guerre combattant et tuant au nom d’Israël. Il manque des initiatives de la société civile pour traîner les criminels en justice afin d’exposer les organisations qui les recrutent, les « groupes de soutien » qui les appuient et le silence hypocrite des gouvernements qui tolèrent toute cette entreprise criminelle.

Une guerre israélo-occidentale

En effet, l’implication occidentale dans la guerre contre le peuple palestinien dépasse les habituels soutien financier, aide technologique militaire et économique que l’on connaît bien : elle va jusqu’à la participation véritable au massacre de Palestiniens à Gaza. Ce n’est pas là un problème qui peut se traiter dans la rubrique du « double standard occidental en Israël et Palestine », c’est une question urgente qui requiert une attention immédiate.

En empêchant ceux qui quittent leur pays pour aller tuer des Palestiniens à Gaza, on aura moins de civils qui risquent de se faire tuer.

Des procédures judiciaires devraient être soumises aux tribunaux des capitales européennes pour tenter de connaître les noms des soldats UE-USA et il faudrait établir de nouvelles listes de ceux qui se servent de leur double nationalité pour faire souffrir les Palestiniens, afin que des actions légales puissent immédiatement être intentées.

C’est une chose de stopper des crimes de guerre, mais c’est une tout autre affaire, à un tout autre niveau de défaillance, que de défendre, de financer et prendre une part active à ces crimes de guerre. Le Premier Ministre Benjamin Netanyahou n’est pas le seul dirigeant à avoir du sang de Gaza sur les mains, d’autres dans les capitales occidentales devraient aussi rendre des comptes.
(Merci à Laila Benallal pour ses recherches)

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* Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est doctorant à l’université de Exeter, journaliste international directeur du site PalestineChronicle.com et responsable du site d’informations Middle East Eye. Son dernier livre, Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr

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27 juillet 2014 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/column...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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