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« J’ai fait tout ce que je pouvais pour la Palestine, » affirme le prisonnier libéré Said Tamimi !

mercredi 22 janvier 2014 - 08h:55

Budour Youssef Hassan

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S’il y a bien une question qui unit et mobilise l’ensemble des Palestiniens, indépendamment de leurs appartenances politiques ou de leurs lieux de résidence, c’est la lutte pour les prisonniers politiques dans les geôles israéliennes. En effet, la plupart d’entre nous ont eu des émotions contradictoires à la suite du récent accord auquel sont parvenus Israël et l’Autorité Palestinienne (AP), sous médiation Américaine, et qui stipule la libération des prisonniers qui ont été détenus avant la signature des Accords d’Oslo en 1993.

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Le 31 décembre 2013, le retour de Said Tamimi chez lui à Nabi Saleh (Oren Ziv / ActiveStills)

Une décision injustifiable

Il est vrai que la libération de n’importe quel prisonnier, sans parler de celui qui a passé plus de 20 ans derrière les barreaux, est toujours une occasion à célébrer. Toutefois, l’annonce faite par le gouvernement israélien faisant état d’un accord qui stipule la libération de 104 prisonniers – un nombre revu à la hausse pour atteindre 109 – augure d’un nouveau tour de négociations vaines et infructueuses entre Israël et l’AP.

Tandis que la grande majorité des Palestiniens sont sceptiques et ont un sentiment général de désespoir, la libération planifiée des prisonniers ayant purgé de longues peines a été le prétexte utilisé par l’AP pour justifier sa décision inexcusable qu’est la reprise des négociations avec Israël.

En outre, les célébrations organisées par l’AP à Ramallah ne font qu’appuyer cette théorie car il était évident que ces fêtes avaient pour dessein l’exploitation de la question des prisonniers pour faire du crédit politique et pour stimuler et accroître sa faible crédibilité auprès des Palestiniens ordinaires.

Pire encore, les trois séries de libération ayant eu lieu jusqu’ici ont toujours été accompagnées de déclarations de la partie israélienne annonçant l’expansion de ses colonies dans la Cisjordanie occupée. Ceci confirme une fois de plus qu’Israël se sert de ces négociations pour consolider l’occupation.

La joie

Néanmoins, il ne faut pas oublier que ces libérations ont apporté de la joie à de nombreuses familles. Un militant palestinien dont le parent est un prisonnier politique d’avant les Accords d’Oslo a avoué à EI : « Ecoutez, vous pouvez dire que je suis égoïste, mais personnellement, je salue toute démarche qui entraîne la libération de ces prisonniers. Nous parlons là de détenus qui ont passé plus de 20 ans dans les prisons. Ils ont été les oubliés de l’histoire et leurs familles meurent à les voir libres. Si les négociations sont la seule issue pour parvenir à leur libération, qu’il en soit ainsi. »

Le militant qui a requis l’anonymat a ajouté : « Avec ou sans négociations, les Israéliens sont en train de construire de nouvelles colonies et de s’accaparer de notre terre. C’est la première fois que je soutiens les négociations simplement parce qu’elles mènent à la libération de nos prisonniers. »

Dictée par les émotions, cette position ferme l’œil sur les conséquences périlleuses des négociations, mais elle demeure facile à cerner et à comprendre si l’on se réfère à son origine, particulièrement après la rencontre d’un des prisonniers concernés.

En effet, Said Tamimi fait partie des prisonniers Palestiniens libérés le 31 décembre dernier. Il est originaire de Nabi Saleh, un village près de Ramallah connu pour les manifestations régulières contre l’occupation israélienne qui s’y tiennent depuis 2009.

Said fut arrêté le 9 novembre 1993, ainsi que Bassem Tamimi qui a joué un rôle majeur dans les manifestations organisées au cours de ces quelques dernières années. Les deux hommes sont des amis très proches et appartiennent à la même grande famille.

La Torture

Les deux amis ont eu des chemins différents dans la prison. Paralysé des suites de torture brutale, Bassem fut par la suite libéré alors que Said, accusé du meurtre d’un colon israélien a été condamné à perpétuité.

Il raconte à EI : « Les pires des tortures dont je me souviens ont eu lieu les premiers mois de mon arrestation, notamment pendant les interrogatoires. Au fil des années, les choses se sont améliorées mais le harcèlement a continué. Nous étions parfois gazés, battus ou soumis à des fouilles humiliantes et violentes de la part des gardiens de prison. »

Né à Nabi Saleh en mars 1972, Said n’a jamais eu la chance de rencontrer son père. Ce dernier a été assassiné par les services secrets Israéliens, le Mossad, au camp de réfugiés d’al-Baddawi, au Liban. Said était encore enfant.

L’implication de Said Tamimi dans le mouvement de résistance Palestinien a commencé dès le déclenchement de la Première Intifada à la fin de 1987. A l’époque, Said étudiait dans un orphelinat à Jérusalem.

Il n’avait que 17 ans lorsqu’il a été arrêté pour la première fois. Il est resté une année dans la prison.

Vivre caché

Peu de temps après, Tamimi était contraint de se cacher à cause des poursuites des forces de l’occupation israélienne. Sa mère Fatima, qui aura bientôt quatre-vingts ans raconte : « Ils étaient à ses trousses pendant presque deux ans. Ils ont fini par le capturer. Je n’arrêtais pas de penser à lui et de me demander si on lui donnait à manger et comment il dormait. »

Elle ajoute : « Une fois, par une nuit pluvieuse, alors que je dormais, il m’a semblé avoir entendu ses pas et sa voix qui m’appelait. J’ai ouvert la porte mais personne n’était dehors. Je rêvais apparemment. »

Et de poursuivre : « Les deux frères aînés de Said ont également été arrêtés durant la Première Intifada, et sa sœur a été tuée par les militants de l’Organisation Abu Nidal, un groupe armé dissident et dissout soupçonné d’avoir été à la solde de plusieurs gouvernements étrangers. »

« Parmi tous mes enfants, Said est la prunelle de mes yeux, peut-être parce qu’il est le benjamin et qu’il n’a pas pu connaître son père. Mais j’avoue que c’est celui qui m’a le plus tourmenté du fait de son implication dans la résistance. »

La mère de Said, qu’on appelle d’ailleurs Umm Said, a pendant seize ans visité son fils qui était emprisonné pour vingt ans, mais la mère ne pouvais voir son fils qu’à travers les vitres. Elle relate : « La première fois que j’ai été autorisée à le prendre dans mes bras par respect à mon âge, je suis tombée dans les pommes et j’ai perdu connaissance. Je ne croyais pas que je pouvais enfin le toucher et l’embrasser. Les gardiens de prison étaient surpris par ma réaction. Je me souviens de leur avoir balancé :’’Vous avez tué son père alors qu’il était bambin et maintenant vous l’emprisonnez à vie’’ »

« Lors de l’une de mes visites, on m’a donné l’ordre de me déshabiller avant d’entrer voir mon fils. J’ai dû m’exécuter car mon seul objectif était de voir Said. Les autres femmes qui étaient venues voir leurs frères emprisonnés avaient refusé d’être fouillées à nu. Depuis, elles n’ont plus été autorisées à rendre visite à leurs proches. »

Toute personne qui participe à la manifestation hebdomadaire de Nabi Saleh connaît Umm Said. Avant la détérioration de son état de santé, elle était parmi ceux qui jetaient des pierres sur les forces israéliennes.

Fier de ma mère

Un des vendredis des manifestations, des soldats israéliens ont attaqué la maison d’Umm Said prétextant qu’elle cachait un des manifestants. Elle avait répondu en jetant des chaussures sur les soldats et en les chassant de chez elle. « Je me souviens l’avoir vue sur a télévision. J’étais incroyablement fier d’elle, fier qu’elle soit ma mère, » souligne Said.

Le 1er juin dernier, Umm Said a eu une attaque cardio-vasculaire. Interrogé s’il avait peur qu’elle meure avant sa libération, Said a répondu : « J’étais comme entre deux prisons. Je voulais sortir pour compenser toute la souffrance qu’elle a endurée durant mon absence, tout en recherchant auprès d’elle la tendresse qui m’a été refusée. Oui, j’avais peur mais nous nous sommes promis, ma mère et moi, qu’elle résisterait et qu’elle resterait en vie jusqu’à ma libération. »

Umm Said a ajouté : « Je pense que je nourrissais ma force de l’espoir de revoir mon fils incessamment. Nous avons vu son nom sur la liste des prisonniers à libérer, mais j’ignorais dans quel groupe. J’étais profondément affectée car ça fait huit mois que je n’ai pas pu le voir à cause de mon état de santé. »

Il y a eu un moment particulièrement émouvant lorsque Said a revu ses amis de très longue date, les frères Ahmad et Nizar. Ces derniers ont été libérés lors de l’accord d’échange de prisonniers, conclu entre Israël et le Hamas en 2011.

« Nizar et Ahmad avaient pleuré en apprenant que Said n’était pas libéré avec eux, » affirme Umm Said. « Ils m’embrassaient en pleurs et j’étais très heureuse pour eux. Ils étaient comme mes enfants ; ils ont grandi avec les miens. J’ai dit à Said que deux de mes enfants ont été libérés et le troisième ne saura sûrement pas tarder. »

C’est en effet le 31 décembre 2013, à 3h que Said Tamimi ainsi que quelques prisonniers originaires de la Cisjordanie sont arrivés à la Muqataa, le quartier général de l’AP à Ramallah. Umm Said, quant à elle, a dû attendre deux heures pour voir son fils arriver à leur domicile de Nabi Saleh.

Elle raconte : « C’est au moment où il a franchi le seuil de la maison pour se jeter dans mes bras que j’ai réalisé que mon fils était enfin libre. Je n’arrive toujours pas à croire qu’il est là, assis à mes côtés. J’ai peur que ce soit un rêve. Je souhaite que toutes les mamans puissent vivre cette joie et le sentiment de retrouver son enfant. »

Aucun regret

Maintenant qu’il est libre, Umm Said passe aux choses sérieuses et pense à marier son fils qui, tout souriant, révèle : « Elle a déjà commencé à chercher une femme pour moi. »

Il poursuit : « Mais je pense que c’est encore tôt. Actuellement, je me sens tel un enfant qui redécouvre la vie tout en réarrangeant ses repères et tout ce qui l’entoure. Bien évidemment, je veux fonder un foyer, avoir une famille et poursuivre mes études mais avant, je voudrais m’adapter à la vie en dehors de la prison et passer le plus de temps possible avec ma mère. »

Malgré ses plus belles années passées derrière les barreaux, Said Tamimi dit n’avoir aucun regret : « Je suis conscient du lourd tribut que j’ai payé mais je ne regrette pas la voie de la résistance que j’ai choisie car j’y ai cru. Aujourd’hui, je suis à la fois soulagé et fier car j’estime avoir fait tout ce que je pouvais pour la Palestine. »

Finalement, même pour nous qui sommes d’ardents opposants aux négociations entre l’AP et Israël, nous ne pouvons qu’être submergés de joie et de soulagement suite à la libération de Said Tamimi et de tous les autres prisonniers.

Budour Youssef Hassan (@Budour48) est une anarchiste Palestinienne et diplômés en droit. Elle vit à Jérusalem Occupée.

9 janvier 2014 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
http://electronicintifada.net/conte...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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