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Le gréviste de la faim Samer al-Issawi est l’homme de l’année

mardi 7 janvier 2014 - 12h:08

Al-Akhbar

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On ne peut qu’imaginer la tête des colons israéliens vivant dans Masharef, près de l’Université hébraïque et qui surplombe Issawiya, lorsqu’ils ont assisté aux célébrations qui ont marqué le retour du prisonnier palestinien Samer al-Issawi.

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Samer Issawi, alors qu’il il célèbre sa libération à Jérusalem-Est, le 23 décembre 2013 - Photo : Reuters/Ammar Awad

Issawi revint victorieux dans son village malgré les tentatives désespérées d’Israël d’interdire les célébrations. Les forces d’occupation ont retardé sa libération pendant environ 10 heures, lundi dernier 23 Décembre, et érigé des postes de contrôle militaires près du village, mais les jeunes hommes et les mères palestiniennes ont tenu à accueillir leur héros.

Après ses neuf mois grève intermittente de la faim, au milieu de la « bataille des ventres vides, » Issawi avait été libéré avec 1026 autres Palestiniens dans un échange de prisonnier en échange de la libération du soldat israélien Gilad Shalit.

Il voulait rester loyal vis-à-vis de ceux qui ont perdu leur vie lors de la planification et de la conduite de la capture de Shalit, et ne voulait pas que les Israéliens arrêtent à nouveau les prisonniers libérés une, les obligeant à purger le reste de leur peine.

Depuis la première Intifada jusqu’au milieu des années 1990, Issawi, né en 1979, a résisté à l’occupation israélienne en mettant le feu aux voitures des colons et en lançant des cocktails Molotov. Il a raconté à Al-Akhbar qu’il faisait attention à ne pas être arrêté parce qu’il voulait aider sa famille, ses quatre frères - Raafat , Medhat, Firas, et Fadi - étant déjà emprisonnés par les Israéliens. Mais tout cela a changé quand son frère Fadi a été tué dans des affrontements qui ont éclaté dans Issawiya, à la suite du massacre d’Hébron en 1994.

Le jour où Samer a vu son frère dans une mare de son sang, c’en était trop.

Issawi a été arrêté une première fois en 1998 et condamné à un an et demi de prison pour avoir lancé un cocktail Molotov. Il a été condamné à six mois de prison pour avoir battu un soldat israélien, puis il a été à nouveau emprisonné en 2000 pendant 15 jours au début de l’Intifada d’Al-Aqsa. Il a ensuite été arrêté pendant six mois, sans être jugé.

« Attaques militaires israéliennes se sont intensifiées au cours de la deuxième Intifada , et nous avons commencé à entendre parler de frappes aériennes sur la bande de Gaza », a déclaré Issawi, révélant que le premier jour de sa libération, il avait rejoint les rangs du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine. Il a formé une cellule de cinq membres avec des amis et a mené 11 opérations de tirs, ciblant des véhicules israéliens dans la colonie de Ma’ale Adumim, à sept kilomètres à l’est de Jérusalem.

Ces tirs ont causé des dommages matériels et blessé un officier israélien. Une fois que le rôle de Issawi a été connu, les Israéliens l’ont pourchassé pendant une année entière et finalement l’ont arrêté au cours de l’ opération Bouclier défensif en 2002 à Ramallah.

Issawi a refusé de comparaître devant le tribunal militaire de Beit Eil et a rejeté la présence d’un avocat parce qu’il ne reconnaissait pas la légitimité de la cour. Il a dit aux juges qu’ils n’étaient rien de plus qu’un cirque ambulant que les Israéliens transportaient dans chaque zone qu’ils occupaient .

Issawi a été condamné à 30 ans de prison . Il n’était pas surpris. Habituellement les peines dans ces cas sont la vie en prison, même si aucune blessure n’a été causée.

Il a dit qu’il était convaincu qu’il ne purgerait pas la totalité de sa peine, et a déclaré au juge : « Je vais sortir avant 30 ans. » Dix ans plus tard, Issawi était libéré dans l’échange des prisonniers .

Les forces d’occupation ont arrêté Issawi à nouveau le 7 Juillet 2012. Son interrogatoire s’est poursuivi pendant 30 jours, après quoi il a été accusé de planifier la capture de soldats israéliens. Le chef du renseignement israélien en Cisjordanie l’a menacé de le renvoyer en prison pour purger les 20 dernières années de sa peine.

Issawi s’est rendu compte qu’il était dans une situation grave. Ainsi, le 27 juillet, il a commencé à renvoyer deux de ses repas et à se limiter àdeux tranches de pain et une cuillerée de labneh ( lait fermenté) et d’un peu de confiture.

Il a maintenu ce régime pendant 19 jours et a été transféré à la prison de Nafha. Le 24 août, il a commencé à entraîner son corps pour une grève de la faim. Il a écrit une lettre aux services pénitentiaires et les a informés de son intention. À ce moment-là, il se contentait d’un verre de jus ou de lait ou de soupe, jusqu’à ce qu’il coupa complètement les aliments et commence sa grève de la faim le 14 septembre. En plus, il s’imposait une grève de l’eau de temps en temps.

Enfin, Issawi a pu conclure un accord avec les Israéliens en avril dernier, lui permettant de rentrer chez lui à Jérusalem dans les huit mois .

Les Israéliens ont eu recours à des tactiques différentes pour essayer de pousser Issawi à renoncer à sa grève de la faim. Ils l’ont envoyé dans les bus de prisonniers devant les tribunaux et l’ont déplacé de prison en prison, le forçant à attendre pendant des heures avec ses geôliers. Ils ont démoli la maison de son frère de Medhat et l’ont agressé lui et sa famille en plein tribunal, en dépit de son état de santé très détérioré.

Samer a perdu 45 kilos et a pris des risques graves pour sa santé. « Quand je dormais sur mon côté droit, je me sentais engourdi, et la même chose avec mon côté gauche. Je n’arrivais pas à dormir sur ma poitrine parce que j’ai eu une côte brisée », a-t-il raconté.

Avec sa famille

« Chaque fois que j’ai entendu parler de Palestiniens etde personnes dans le monde épris de liberté se joignant à cette bataille, j’en oubliais ma propre souffrance, surtout après le martyre de Mahmoud al-Titi et Mohammed Asfour. Il n’y avait rien que je pouvais leur offrir, si ce n’est insister sur les objectifs que nous avions fixé ensemble avant la grève de la faim. J’ai également été touché par les jeunes hommes qui protestaient pour la première fois en face de la Cor de magistrats à Jérusalem », ajouta-t-il.

Issawi a encore déclaré : « La colère que j’ai vu dans les yeux des geôliers après sept mois de grève de la faim m’a prouvé que nous avons réussi à faire entendre la voix des prisonniers et à révéler les violations israéliennes de l’accord d’échange de prisonniers, tout en préservant la dignité des Palestiniens. Tous les objectifs ont été atteints et la seule chose qui me restait à obtenir était de rentrer à la maison ».

Concernant la position officielle palestinienne, Samer dit : « Soyons honnêtes, tous les Palestiniens, du président aux citoyens ordinaires, ne peuvent même pas se déplacer d’une région à l’autre sans l’autorisation israélienne. Nous ne comptons pas autant sur la position officielle que nous sur la volonté du peuple d’exercer des pressions pour forcer les hommes politiques à prendre des mesures plus tranchées. Un négociateur palestinien peut signer un accord, mais cet accord ne sera pas applicable sur le terrain sans un soutien populaire ».

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31 décembre 2013 - Al-Akhbar - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Traduction : Info-palestine.eu - Naguib


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