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Ismail Haniyeh, premier ministre du gouvernement Hamas, rencontre l’intelligentsia de Gaza

mardi 24 décembre 2013 - 06h:46

Adnan Abu Amer

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Fin novembre-début décembre, Gaza a connu deux réunions à huis clos organisées par le Premier ministre Ismail Haniyeh avec un certain nombre d’intellectuels, auteurs, universitaires, professeurs, leaders d’opinion, représentants de la société civile et journalistes politiques.

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Ismaïl Haniyeh lors d’un discours à Gaza Ville le 19 octobre dernier (REUTERS/Mohammed Salem)

Ces réunions se tenaient dans le cadre de ses efforts permanents pour maintenir le contact avec ce segment important de la société palestinienne. L’envoyé spécial de Al-Monitor a eu l’occasion de les rencontrer.

A la première réunion, Haniyeh a prononcé un long discours sur les développements politiques locaux et régionaux, et la seconde réunion, qui s’est prolongée sur huit heures, a permis aux participants de partager des discussions.

Les deux réunions se sont tenues à l’hôtel Commodore, sur le littoral de Gaza Ville, entre Haniyeh, qui est vice-président du Bureau politique du Hamas et plus de 50 personnalités de l’élite académique, des cercles culturels et journalistiques, pour la plupart extérieurs au mouvement islamique qui soutient le Hamas. De nombreuses idées et suggestions lui ont été présentées ainsi que des critiques à l’encontre de certains aspects de la conduite du gouvernement de Gaza.

Les libertés publiques

Haniyeh a évoqué la cause palestinienne, les négociations avec Israël, l’accord sur une plate-forme nationale et la restructuration de l’Organisation de Libération de la Palestine. Il a réitéré le désir du Hamas et sa volonté de se réconcilier avec le Fatah dans la mesure où il y a accord sur les mécanismes, ainsi que son ouverture d’esprit à l’égard de toute proposition qui pousserait vers la réconciliation.

En même temps, Haniyeh écoutait les revendications des activistes à propos des restrictions imposées aux libertés publiques par l’appareil sécuritaire du gouvernement Hamas. Elle incluent l’interdiction de manifestations pacifiques, la convocation de journalistes pour interrogatoires et la fermeture d’agences de presse à Gaza pour des raisons sécuritaires que d’aucuns ont jugées peu convaincantes.

A ce sujet, Haniyeh a dit qu’il avait apprécié les plaintes, mais que la situation sécuritaire à Gaza était très sensible. Même s’il a refusé de reconnaître aucun des comportements répressifs manifestés par les agences de sécurité, il a donné ordre au ministère de l’Intérieur de ne pas imposer d’autres restrictions. Haniyeh a souligné que globalement l’état des libertés publiques à Gaza était bon, que les forces politiques exerçaient leurs tâches de supervision et que les organisations de défense des droits de l’homme visitaient les centres de détention. Il a demandé aux autorités judiciaires de s’abstenir de poursuivre quelqu’un pour avoir écrit des articles ou communiqués de presse d’opposition politique.

Relations régionales

En ce qui concerne les Relations extérieures du Hamas dans la région, en particulier avec l’Egypte et l’Iran, Haniyeh a réitéré la position de non-interférence dans les affaires des pays voisins, tout spécialement l’Egypte et la Syrie.

En réponse à certains participants exigeant qu’une distance soit maintenue vis à vis des groupes islamistes dans la région, Haniyeh a dit que le Hamas est un mouvement palestinien, précisant : « Malgré notre proximité idéologique avec certaines factions [les Frères musulmans], notre allégeance va à la cause palestinienne, qui fixe notre cap. En outre, le Hamas n’interfère pas avec les affaires des autres ».

Cependant il y a eu une nouveauté dans le discours d’Haniyeh : il a demandé que les participants, qui représentaient un large éventail d’organisations politiques, académiques et d’agences non gouvernementales, forment une délégation pour se rendre en Egypte afin de clarifier certains contentieux avec les autorités du pays. Il a également demandé à la délégation de convaincre les Egyptiens de réhabiliter les Palestiniens par rapport aux accusations lancées contre eux dans la presse égyptienne et de forger des relations de bon voisinage et dénuées de toute animosité avec l’Egypte.

Une source officielle au bureau d’Haniyeh a dit à Al-Monitor que sa réunion avec les intellectuels a servi de plate-forme pour discuter des relations des Palestiniens avec les nations arabes et musulmanes et des manières de les renforcer sur plusieurs plans. Les participants ont présenté beaucoup de propositions pour l’avenir des relations avec l’Egypte, notamment pour exonérer le Hamas des accusations d’interférence dans les affaires intérieures du pays au lieu de conserver une équidistance entre les deux pôles politiques. Les propositions soulignaient la détermination du Hamas à ne pas interférer dans les problèmes égyptiens en dépit de la proximité idéologique et politique du Hamas avec les Frères musulmans.

Au cours de ces réunions, en l’absence des médias, Haniyeh n’a pas fait allusion à l’exclusion de l’allié stratégique du Hamas, l’Association des Frères Musulmans. Il n’a pas non plus utilisé le mot « coup d’état » ni « retour à la légitimité ». Cette omission contraste avec les médias contrôlés par le Hamas qui répètent continuellement ces termes. Ce choix terminologique peut être vu comme une tentative de sa part de minimiser la détérioration des relations déjà tendues qui prévalent avec le régime égyptien actuel.

En ce qui concerne l’Iran et la Syrie, Haniyeh a exprimé le désir d’aborder les différents développement politiques régionaux. Il a présenté le réalignement des alliances de son mouvement et des relations arabes comme preuve de la résurgence de ces alliances, à la lumière de la crise étouffante qui a saisi le Hamas. Il a refusé d’user du terme »crise » car selon lui la région et le monde entier sont en état de crise, pas seulement le Hamas.

Au cours des deux réunions, Haniyeh a rendu publiques de nouvelles positions sur le rapprochement avec l’Iran et l’ouverture d’une nouvelle page avec la Syrie. Cela dit en soulignant que le Hamas n’allait pas essayer de demander quoi que ce soit à qui que ce soit ni regretter aucune de ses positions uniquement pour apaiser certains. Il ne se sentait pas suffisamment impliqué que pour payer un prix exorbitant pour sauver le mouvement. Cette approche a été bien reçue par les participants, qui ne s’en ont pas moins montrés préoccupés par le prix à payer par le gouvernement de Gaza pour les positions du Hamas à l’étranger concernant les derniers développements régionaux, qui ont entraîné l’animosité de pays voisins comme l’Egypte et la Syrie.

Recommandations gouvernementales

Des participants aux réunions ont dit que Haniyeh a écouté certaines propositions pratiques rendues possibles par l’ouverture d’esprit qui a régné sur un certain nombre de questions, surtout des questions internes. Il s’agit surtout de partenariat et de réconciliation : faire monter les propositions jusqu’au mouvement et au gouvernement permettrait à ces derniers d’en profiter pour mettre au point leur vision future concernant les situations palestinienne, arabe et internationale.

La même source officielle du bureau de Haniyeh ajoute que les intellectuels avaient notamment recommandé d’élargir l’éventail des contacts politiques entretenus par le gouvernement de Gaza, ce qui a poussé Haniyeh à donner une série de coups de téléphone au ministre russe des Affaires Etrangères Sergueï Lavrov, au président des Emirats Arabe Unis le sheikh Khalifa ben Zayed Al Nahyan, au secrétaire général de la Ligue Arabe Nabil Elaraby et au ministre turc des Affaires Etrangères Ahmet Davutoglu, nouvelle approche d’ouverture aux communautés internationales et régionales.

Dans une interview exclusive, Taher al-Nunu, porte-parole de Haniyeh, a confié à al-Monitor que son cabinet et le Hamas avaient été informés des recommandations émergeant des rencontres avec les élites politiques de Gaza. La plus remarquée est celle qui appelle à la création d’un mécanisme national pour mettre en application les accords signés entre Fatah et Hamas, comme prélude à une sortie de l’impasse actuelle.

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* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que professeur spécialisé sur l’Histoire de la question palestinienne, la sécurité nationale, les sciences politiques et la civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

18 décembre 2013 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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