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Tamarod à Gaza : un big flop ?

dimanche 10 novembre 2013 - 06h:53

Asmaa al-Ghoul

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Nous sommes à moins d’une semaine du 11 novembre, la date fixée par le mouvement Tamarod pour des manifestations de rue contre le pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. Alors que cette date se rapproche, les rumeurs et les ragots vont bon train dans Gaza.

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Logo Tamarod mis au point pour la journée du 11 novembre

« Nous avons entendu dire que des affrontements sanglants auront lieu dans les rues. Je m’attends à ce que les gens participent à des manifestations, puisque la date marque aussi l’anniversaire de la mort de Yasser Arafat [l’ancien dirigeant de l’OLP] », a déclaré Mohammed, un habitant de Gaza.

« Je pense que des affrontements se produiront, bien que j’espère que non », nous dit « GA ». Elle précise aussi que tout le monde parle d’ordres donnés aux forces de sécurité de tirer au niveau des têtes et non des jambes des manifestants, le 11 novembre.

« Je suis certain que les gens qui ont tué Yasser Arafat sont les mêmes que ceux qui ont transformé l’anniversaire de sa mort, le 11 novembre, en une journée de tumulte et de sédition à travers les appels stupides du mouvement Tamarod », a écrit sur sa page Facebook Adham Abu Silmiyeh, un militant ayant des liens étroits avec le gouvernement [de Gaza].

Al -Monitor a rencontré le 29 août un membre du mouvement Tamarod qui a dit s’appeler Abu Yamen. Il a déclaré : « Nous nous attendons à être enlevés, le 11 novembre, mais ce ne sera pas grave, tant que tout le monde, qu’il s’agisse de femmes, d’étudiants ou de chauffeurs de taxi, sort dans la rue et manifeste. Personne ne peut se permettre de rester silencieux plus longtemps face à l’ injustice, l’oppression et la situation économique qui se détériore. »

Détérioration de la situation

Les conditions de vie dont parle Abu Yamen se sont encore détériorées en septembre et octobre, après que les tunnels entre Gaza et l’Égypte ont été presque entièrement détruits et qu’Israël a cessé de transporter le carburant vers la bande de Gaza. Les expéditions de carburant israélien servaient de substitut depuis que l’Égypte a cessé ses livraisons.

Jamal al- Khudari, membre du parlement et responsable du Comité Populaire Contre le Siège, a averti dans des déclarations à la presse le 5 novembre d’une catastrophe humanitaire imminente, alors que des milliers de travailleurs ont rejoint les rangs des chômeurs et que le taux de pauvreté a augmenté. Il a attribué la responsabilité de la crise à Israël qui empêche l’importation de matériaux par des organisations internationales et le secteur privé, ce qui a entraîné la fermeture d’innombrables chantiers de construction. En conséquence, le revenu par habitant a diminué à 2 dollars US par jour, et il est aujourd’hui parmi les plus bas au monde.

Les gens ne participeront pas

Malgré les mauvaises conditions de vie et les coupures d’électricité jusqu’à 12 heures par jour, Akram Atallah, analyste politique, ne s’attend pas à ce que cela force les gens à répondre à l’appel de Tamarod. Il a déclaré : « Les habitants de Gaza n’ont pas la mentalité rebelle. Ils préfèrent s’adapter et sont très craintifs. Ils n’iront jamais jusqu’à dire à leurs dirigeants de partir, mais chercheront au contraire des alternatives plus aisées permettant d’éviter toute confrontation ».

Il a noté que cette crainte est due principalement à la campagne d’intimidation des forces de sécurité, le plus remarquable étant les initiatives prises dans le passé par le Hamas contre les clans Daghmash et Halas. Il y avait aussi eu une fusillade à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Arafat en 2007, et une attaque avait eu lieu contre un sit-in le 15 mars 2011.

Selon Atallah, l’autre problème de Tamarod réside dans la faiblesse de son organisation sur le terrain. Il précise : « Tamarod Palestine n’est rien d’autre qu’une tentative de copié-collé de l’expérience égyptienne, sans prise en compte des particularités de la bande de Gaza. En outre, contrairement à ce qui s’est passé en Égypte, aucune préparation préalable n’a été faite, comme l’adoption du mouvement par des forces démocratiques. Dans le cas de Tamarod, les factions de Gaza se sont désintéressées du mouvement ». Il prédit que le 11 novembre sera un jour comme un autre, marqué seulement par un déploiement considérables des forces du Hamas.

Cette prévision est partagée par le directeur de l’information au ministère de l’Intérieur, Iyad al-Bazm, sauf en ce qui concerne le déploiement de forces. Il a déclaré au Monitor : « Nous n’avons pas de plans de sécurité particuliers pour le 11 novembre. Ce sera une journée tout à fait ordinaire, parce que notre lutte principale est celle contre les forces d’occupation. Mais nous avons des plans pour tout événement imprévu, afin de pouvoir gérer tout emballement ».

Changement de discours chez Tamarod

Pour sa part, le mouvement Tamarod réitère dans sa page Facebook ses doléances précédentes concernant les forces de sécurité à Gaza qui poursuivent et arrêtent des jeunes gens pour leur prétendue appartenance à Tamarod. Le mouvement s’est excusé de ne pas avoir rafraîchi sa page Facebook, suite à ces harcèlements.

Le discours de Tamarod a connu un considérable changement de ton. Dans une vidéo postée le 2 novembre, non seulement l’orateur ne portait pas de masque, mais son identité de résident européen, à savoir Ahmed al-Hamamra, était visible de tous alors qu’il proposait une initiative de paix que certains considèrent comme un repli.

Hamamra déclare dans cette vidéo : « Nous suspendrons notre révolte contre l’oppression du Hamas si nous recevons avant le 8 novembre au soir un document - certifié par toutes les factions de l’Organisation de Libération de la Palestine, y compris le Fatah, le Jihad islamique et toutes les autres figures qui ont œuvré pour en faire une réalité - dans lequel le Hamas consent à tenir des élections générales législatives et présidentielles ».

Le jeune activiste Ahmad Ali (un pseudonyme), libéré il y a deux semaines de sa détention par l’appareil sécuritaire de Gaza, a expliqué au Monitor la nouvelle approche de Tamarod : « Je pense que si le discours de Tamarod devient plus diplomatique, c’est dû à l’escalade israélienne ciblant le Hamas ». Il notait que toute action contre le Hamas alors que ce dernier était visé par Israël serait interprétée comme étant de connivence avec l’occupant.

Il ajoutait : « J’ai vu une quinzaine de jeunes gens en train d’être interrogés. On interrogeait certains sur l’argent et les armes qu’ils auraient reçus via Mohammed Dahlan pour soutenir Tamarod ». Selon lui, Tamarod n’existe que sur Facebook et les forces de sécurité ont gonflé l’organisation de manière disproportionnée.

La sécurité est la ligne rouge

Le 21 octobre dernier, le jeune « JS » était lui aussi arrêté pour appartenance à Tamarod. Il a confié au Monitor que pendant ses 16 heures d’interrogatoire, il a vu pas moins de 8 autres jeunes gens amenés et accusés de faire partie du groupe. Il dit aussi avoir vu des cellules de détention pleines.

Le jeune homme ajoutait : « Pendant l’interrogatoire, l’officier nous a dit que ce n’aurait pas été une grande affaire si nous avions été arrêtés pour des histoires avec des filles ou pour détention de drogue. Mais la sécurité serait la ligne rouge, et il voulait dire rébellion. L’officier a continué en disant qu’ils choperaient Ismail Haniyeh [premier Ministre de Gaza] en personne s’il menaçait la sécurité »

A ce propos, le représentant du ministère de l’Intérieur, Bazm, a précisé que rien de ce qu’avait dit cet officier n’était inacceptable. Il commente : « Ce qu’il a dit est vrai. Les questions de sécurité sont de première importance dans tous les pays du monde. Les paroles de l’officier sur le Premier ministre indiquent simplement que tout le monde est égal quand il s’agit de la sécurité ». Il nie l’existence de détenus politiques, déclarant que tous les prisonniers ont été incarcérés pour avoir communiqué avec les forces d’occupation ou pour avoir commis des actes criminels. 

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* Asma al-Ghoul est journaliste et écrivain, du camp de réfugiés de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

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6 novembre 2013 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach et Marie Meert


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