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À part les 12 camps reconnus par l’État et l’Unrwa, le Liban abrite 42 foyers de réfugiés palestiniens

jeudi 3 octobre 2013 - 09h:09

Patricia Khoder - L’Orient-le-Jour

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Il existe au Liban douze camps palestiniens officiels reconnus comme tels aussi bien par le gouvernement libanais que par l’Unrwa. Mais il existe aussi 42 foyers peuplés de réfugiés palestiniens. Certains sont adjacents aux camps officiels alors que d’autres se greffent à diverses localités... non sans problèmes.

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Dans le quartier Serop à Darb el-Sim, un réseau d’égout a été mis en place grâce au projet du PNUD et de UN Habitat.

Le PNUD et UN Habitat ont lancé l’année dernière un projet pour améliorer les conditions de vie des habitants des 42 foyers de réfugiés palestiniens au Liban. Ce projet, d’une durée de trois ans renouvelables, est mis en place en partenariat avec le Comité de dialogue libano-palestinien, les municipalités libanaises et les ONG palestiniennes.

Le Liban abrite douze camps palestiniens du Nord au Sud, en passant par Beyrouth et la Békaa. Mais avec le temps, ces camps ont débordé, et nombre de réfugiés ont choisi ou se sont vus obligés de partir. Au fil des ans, 42 foyers de réfugiés palestiniens ont vu le jour. Ces espaces et leurs habitants ne reçoivent pas de l’aide de l’Unrwa, sauf sur les plans médical et éducatif.

Comme ils sont construits sur des terrains appartenant aux municipalités libanaises, 25 en tout, ces foyers devraient bénéficier des services de ces dernières : ramassage des ordures, construction d’un réseau d’égout, distribution d’eau... Ce n’est malheureusement pas le cas, et cela pour deux raisons.

La première est que dans les campements adjacents aux camps palestiniens, beaucoup ignorent, même les municipalités, que ces terrains ne relèvent pas des autorités en charge du camp. C’est le cas dans plusieurs zones limitrophes de Sabra et Chatila, et de Aïn el-Héloué.

La seconde raison est propre aux campements ayant poussé dans des localités libanaises, aussi diverses que Darb el-Sim (est de Saïda, population exclusivement chrétienne déplacée durant la guerre du Liban), Chehim (dans l’Iqlim el-Kharroub, population sunnite), Bar Élias (Békaa, population sunnite), Kasmieh (Liban-Sud, exclusivement chiite). Elle émane d’un calcul beaucoup trop simple des élus Libanais : ces zones, peuplées de réfugiés palestiniens et d’autres étrangers, ne votent pas. Leur population n’a aucun poids dans les urnes et donc ne bénéficie pas des services qui poussent nombre d’électeurs libanais à voter : asphaltage, construction de routes ou de réseaux d’égout, et encore d’autres services qu’un État devrait assurer à ses citoyens.

«  Ces 42 foyers abritent des réfugiés palestiniens, d’autres étrangers ainsi que des Libanais. Avec la crise syrienne, ils accueillent de plus en plus des réfugiés palestiniens venus de Syrie  », souligne Nancy Hilal, chef de projet. Elle note également que « ces foyers comptent 75 000 réfugiés palestiniens, mais accueillent désormais 30 000 autres réfugiés des camps de Syrie et 5 000 nationaux syriens réfugiés  ».

Ces chiffres devraient être revus à la hausse dans les mois à venir si une solution n’est pas trouvée au conflit syrien.

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Entre les tentes, Nour et son fils, réfugiés des camps palestiniens de Syrie, vivent désormais dans un terrain vague entre Hay el-Taamir et Hay el-Sekké. Ils collectent le plastique dans les ordures et le revendent pour vivre.

«  Nous travaillons sur le terrain avec les municipalités pour mettre en place des projets d’infrastructure et de services dans ces zones grises. Par exemple, sur le plan du ramassage des ordures ou de la mise en place d’un réseau d’égout  », indique Mme Hilal. Jusqu’à présent, des projets ont été présentés et exécutés dans une dizaine de ces foyers. D’autres sont en cours d’étude. « Depuis juillet 2012, date du lancement du projet, 450 000 dollars ont été dépensés », poursuit-elle.

De l’eau de mer pour la douche et le ménage

La zone dite Daouk, adjacente aux camps de Sabra et Chatila, au cœur de Beyrouth, fait partie des foyers informels de réfugiés palestiniens. Beaucoup la confondent avec Sabra et Chatila. Elle devrait pourtant bénéficier des services de la municipalité de la capitale libanaise.

Le quartier Daouk est un prolongement du camp, et au fil des ans, il s’est de plus en plus appauvri. Comme tous les bidonvilles, il abrite une population pauvre de plusieurs nationalités et non seulement des réfugiés palestiniens.

Il accueille surtout des Libanais ayant déménagé dans le quartier à partir des années soixante.

Le secteur souffre aussi d’un manque d’eau. C’est que, depuis 1985, année témoin de la guerre des camps, l’Office des eaux de Beyrouth a arrêté de distribuer l’eau dans ce quartier, les compteurs ayant été détruits... sans jamais avoir été remplacés.
Les habitants se sont vus obligés de creuser des puits artésiens. Trois en tout. Tout allait bien jusqu’à ce que les puits aient commencé à tarir il y a trois ans et c’est actuellement de l’eau salée, de l’eau de mer, qui alimente les
maisons.

« Nous payons un abonnement mensuel de 10 000 livres au comité en charge des puits. Mais nous achetons aussi de l’eau potable pour faire la cuisine et boire », indique Yousr dans un pur accent beyrouthin. Cette Libanaise née dans le quartier de Daouk vient d’une famille originaire de la Békaa. « Nous ne pouvons même pas nettoyer la maison avec l’eau du puits. Elle a l’air huileuse... et le carrelage devient encore plus sale », dit-elle.

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Étroit passage ou... ruelle dans le quartier dit Daouk, non loin des camps de Sabra et Chatila.

Les habitants de ce quartier se voient obligés cependant de faire avec. Petits et grands parlent de cette eau qui leur pose problème. Après la douche, ils ont des plaques rouges sur la peau et se grattent. Certains affirment que leurs cheveux sont en train de tomber. Tous font état de robinets qui se rouillent rapidement.
« C’est comme si on s’était lavés avec de l’eau de mer  », indique Youssef, un réfugié palestinien de 13 ans.

« C’est affreux, nous n’avons pas le choix... pas les moyens de payer des citernes d’eau. D’ailleurs, quel camion peut-il entrer dans ces passages comme des labyrinthes ?  » demande Marilyn, une Libanaise mariée à un Palestinien.

Et Yousr de poursuivre : « Personne ne ramasse les ordures. Nous les transportons à un point à proximité de la Cité sportive. Si nous avons un problème d’égout, nous collectons de l’argent entre habitants et faisons appel à des plombiers. Aux yeux du gouvernement libanais, nous n’existons pas. »

Mahmoud est libanais. Il a 21 ans. Il se promène avec son ordinateur dans un petit passage du quartier Daouk. « Je suis à ma quatrième année de pharmacie. Mes parents ont misé sur mon éducation. J’ai suivi des études scolaires auprès de religieuses à Badaro. J’ai honte d’amener mes amis ici. Mon plan, c’est de décrocher un diplôme universitaire et de partir avec mes parents loin d’ici  », dit-il. « Vous savez, dans ce quartier, il n’y a pas de téléphone fixe. Donc pas d’ADSL... mais il y a une entreprise qui sous-traite  », raconte-t-il.

Les réfugiés palestiniens de Syrie, plus pauvres que les pauvres...

À Saïda, plusieurs foyers de réfugiés ont poussé anarchiquement à proximité du camp de Aïn el-Héloué. Il s’agit notamment de Hay el-Taamir, Hay el-Sekké, Hay el-Tawarek, Hay el-Hamchari, et Hay el-Baraksat (dérivé de l’anglais de Barracks), rendus célèbres dans la presse en raison de leurs incidents sécuritaires. Confondus avec le camp palestinien, ils devraient idéalement dépendre de municipalités libanaises, notamment celles de Saïda et Aïn el-Héloué. Ce qui n’est pas le cas.

De plus, il y a environ un an, entre Hay el-Taamir et Hay el-Sekké, dans un terrain vague dépendant de la municipalité de Saïda, un campement abritant des réfugiés palestiniens de Syrie, venant notamment des camps de Yarmouk, de Sabané et de Sitt Zeinab, a vu le jour.

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Inondation dans le quartier des Baraksat, limitrophe de Aïn el-Héloué. L’Unrwa n’est pas chargée de l’infrastructure dans cette zone.

Ici, tout le monde, hommes, femmes et enfants, souffre de maladies de peau : des plaques rouges, des boutons, des ganglions, de simples blessures qui ne cicatrisent pas... Il y a également un nombre de femmes qui toussent. Certaines disent qu’elles sont asthmatiques, d’autres allergiques... Il n’empêche que leur toux forte est inquiétante.

Ici, on prend sa douche une fois la semaine dans un lieu commun étroit et sale construit à l’entrée du camp. Les personnes interrogées indiquent qu’elles ont rarement, voire jamais, reçu des caisses alimentaires ou des produits de première nécessité.

Pour construire leurs abris, les réfugiés palestiniens de Syrie cherchent des matériaux dans un dépotoir situé non loin de là. Ils récupèrent ainsi du flex (plastique servant aux panneaux publicitaires), des tapis en paille, des matelas en éponge, des meubles cassés.

Sous les tentes, certains dorment à même le sol en terre et cailloux, sans tapis ou matelas.

Ici, aucun enfant n’est scolarisé. Beaucoup d’entre eux aident leurs parents, notamment des femmes seules dont les maris sont restés en Syrie, à ramasser du plastique ou du fer dans les bennes à ordures et à les revendre dans les souks de Saïda. « C’est le seul moyen pour nous d’acheter du pain », indique Nour, originaire du camp de Yarmouk, montrant des plaques rouges sur ses avant-bras. « Je pense que c’est une allergie au plastique que je ramasse  », raconte cette mère de 8 enfants âgés entre 16 et 3 ans et qui ne vont plus à l’école depuis qu’ils ont quitté la Syrie.

Zouhour, arrivée il y a un an au Liban avec ses enfants et ses petits-enfants, parle de la nourriture. « Le soir, nous allons au souk de Aïn el-Héloué et nous ramassons tout ce que les marchands jettent : tomates, concombres, bananes, et d’autres fruits et légumes...  »

Zouhour, dont le mari était lui-même marchand de quatre saisons au camp palestinien de Sabané, au rif de Damas, n’est pas la seule à être dans cette situation.

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Dans ce campement de réfugiés palestiniens ayant fui la Syrie, la quasi-totalité de la population souffre de maladies de peau.

Serop, quartier palestinien de Darb el-Sim

Toujours à proximité de Aïn el-Héloué, un quartier a commencé à se construire durant les années quatre-vingt. La majorité de ses habitants sont des réfugiés palestiniens. Il a été baptisé Serop, du prénom d’un Arménien qui possédait le terrain. Ce quartier dépend de la municipalité de Darb el-Sim et fait partie des 42 foyers de réfugiés palestiniens touchés par le projet du PNUD.

Selon les habitants de la zone, Serop Kassarian avait gagné à la loterie durant les années soixante-dix et acheté un pan de montagne dans le village de Darb el-Sim, à proximité de Saïda. Il a divisé l’immense terrain en lopins de terre et commencé à les vendre. Ce sont surtout les réfugiés palestiniens des camps de Aïn el-Héloué et de Miyé-Miyé qui se sont mis à acheter et à construire.

Quand on demande aux adolescents qui s’attardent dans la rue du quartier quelle est la différence entre Darb el-Sim et Serop, la réponse est unanime : « Darb el-Sim est une localité chrétienne et Serop est un quartier musulman. »

« Ici, la municipalité ne ramasse pas les ordures. Nous les jetons dans un dépotoir non loin de là. S’il y a une panne du réseau électrique, EDL n’envoie pas ses techniciens immédiatement. Il faut que nous allions nous-mêmes au bureau de l’office à Saïda pour assurer le transport des ouvriers... », explique Ibrahim, 20 ans, Libanais originaire de Saïda. « Quand mes parents avaient déménagé, il n’y avait que quelques immeubles dans ce quartier... Regardez comment ça a poussé comme des champignons », ajoute-t-il.

Ces bâtiments ont notamment été construits durant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, quand les habitants de Darb el-Sim avaient fui leur village, à l’instar des autres chrétiens de l’est de Saïda en 1983, pour ne revenir que quelques années après la fin de la guerre du Liban.

Mohammad fait partie d’un comité populaire chargé de la gestion du quartier. Ce groupe fonctionne un peu comme les comités qui gèrent les camps palestiniens. « Nous ne pouvons pas compter sur les députés de la région, nous ne les intéressons pas. Nous avons trouvé une solution au problème de l’électricité. Tous les immeubles construits sont désormais branchés au réseau d’EDL. On attend encore pour résoudre le problème de l’eau, que l’on ne reçoit pas dans nos appartements... Pour le ramassage des ordures, des négociations sont menées entre le PNUD et la municipalité. Une solution devrait être rapidement trouvée », dit-il.

Il ajoute que le quartier de Serop compte environ 3 000 habitants, 80 % d’entre eux étant des réfugiés palestiniens de Aïn el-Héloué. Un peu plus nantis que les autres réfugiés, ils ont pu s’offrir un appartement hors du camp le plus peuplé du Liban et assurer ainsi un meilleur avenir à leurs enfants.

Jusqu’en 2000, les réfugiés palestiniens du Liban avaient le droit de posséder une maison dans le pays. La loi a été modifiée lors du mandat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Aujourd’hui, ce texte pose problème. Ainsi, les jeunes Palestiniens ne peuvent pas hériter de leurs parents. Les appartements achetés par les réfugiés avant l’amendement de la loi en 2000 doivent désormais être enregistrés aux noms de Libanais en cas de décès.

Dans les milieux palestiniens, on parle beaucoup de fraude, faisant état de Libanais ayant abusé de la confiance d’amis réfugiés. Ces derniers avaient enregistré des biens immobiliers aux noms de proches libanais... Mais ceci est une autre histoire.

3 octobre 2013 - L’Orient-le-Jour


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