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L’ultime refuge pour le patriote israélien : le boycott

mardi 16 juillet 2013 - 06h:12

Gideon Levy

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Avec un Israël qui entre dans une nouvelle période d’inaction diplomatique, l’appel au boycott économique devient une exigence patriotique.

Quiconque craint vraiment pour l’avenir du pays doit opter, à ce stade, pour son boycott économique.

Une contradiction dans les termes ? Nous avons examiné les alternatives. Un boycott est le moindre de tous les maux, et il pourrait rapporter des avantages historiques. C’est la moins violente des options et la moins susceptible de résulter en une effusion de sang. Elle serait douloureuse, comme les autres, mais les autres elles, seraient pires.

En considérant que le statu quo actuel ne peut se poursuivre éternellement, c’est l’option la plus raisonnable pour convaincre Israël de changer. Son efficacité a déjà été prouvée. De plus en plus d’Israéliens commencent depuis peu à se préoccuper de la menace du boycott. Quand la ministre de la Justice, Tzipi Livni, met en garde contre sa propagation et les appels, comme autant de raisons pour mettre un terme à l’impasse diplomatique, elle fournit la preuve de la nécessité d’un boycott. Elle et les autres par conséquent rejoignent le mouvement de boycott, désinvestissement et sanction. Bienvenue au club.

Le changement ne viendra pas de l’intérieur. Cela a été clair il y a bien longtemps. Tant que les Israéliens ne paient pas le prix de l’occupation, ou au moins ne font pas le lien entre la cause et son effet, ils n’ont aucun intérêt à y mettre fin. Et pourquoi le résident moyen de Tel Aviv se tracasserait-il de ce qu’il se passe à Jénine en Cisjordanie, ou à Rafah dans la bande de Gaza ? Ces endroits sont au loin, et pas particulièrement intéressants. Tant que l’arrogance et l’esprit de victimisation perdurent parmi le peuple élu, le plus élu du monde, toujours uniquement victime, la position explicite du monde ne changera rien.

C’est de l’antisémitisme, disons-nous. Le monde entier est contre nous, et nous ne sommes pas les seuls responsables de son attitude à notre égard. Et avec cela, ce chanteur anglais, Cliff Richard, qui est venu donner un concert ici. Pour une grande part, l’opinion publique israélienne est déconnectée de la réalité, la réalité dans les territoires et celle à l’étranger. Et il y a ceux qui veillent à ce que cette déconnexion dangereuse soit maintenue. Avec la déshumanisation et la diabolisation des Palestiniens et des Arabes, les gens ici sont trop endoctrinés par le nationalisme pour revenir à la raison.

Le changement ne viendra que de l’extérieur. Personne – y compris l’auteur bien sûr – ne veut d’autre période de bains de sang. Un soulèvement populaire palestinien non violent est une option, mais il est peu probable qu’il se produise dans un temps rapproché. Et puis il y a les pressions diplomatiques américaines et le boycott économique européen. Mais les États-Unis ne vont pas exercer de pression. Si l’Administration Obama ne l’a pas fait, aucune Administration américaine ne le fera. Et il y aussi l’Europe. La ministre de la Justice, Livni, a déclaré que le discours en Europe est devenu idéologique. Elle sait de quoi elle parle. Elle a dit aussi qu’un boycott européen ne s’en tiendrait pas aux produits fabriqués dans les colonies de Cisjordanie.

Il n’y a aucune raison pour cela. La distinction entre les produits de l’occupation et les produits israéliens est un montage artificiel. Ce ne sont pas les colons les premiers coupables, mais plutôt ceux qui cultivent leur existence. Tout d’Israël est plongé dans l’entreprise de colonisation, alors tout d’Israël doit en être tenu responsable, et en payer le prix. Personne n’est épargné par l’occupation, notamment ceux qui ont envie de regarder ailleurs et de s’en tenir à l’écart. Nous sommes tous des colons.

L’efficacité du boycott économique a été prouvée en Afrique du Sud. Quand la communauté des affaires du régime d’apartheid s’est adressée à la direction du pays, disant que les circonstances du moment ne pouvaient perdurer, le sort en était jeté. Le soulèvement, la stature de dirigeants comme Nelson Mandela et Frederik de Klerk, le boycott du sport sud-africain et l’isolement diplomatique du pays ont également contribué, bien sûr, à la chute de l’odieux régime. Mais le ton a été donné par la communauté des affaires.

Et cela peut arriver ici aussi. L’économie d’Israël ne résistera pas à un boycott. Il est vrai qu’au début, celui-ci pourra amplifier le sentiment de victimisation, d’isolement et de nationalisme, mais pas à long terme. Il pourrait entraîner un changement important dans l’attitude. Quand la communauté des affaires s’adresse à un gouvernement, le gouvernement écoute, et peut-être aussi agit. Quand le dommage se fera dans le portefeuille de chacun des citoyens, il y aura plus d’Israéliens à s’interroger, peut-être pour la première fois, sur ce qu’il se passe et pourquoi ça se passe.

Il est difficile et douloureux, presque impossible donc, pour quelqu’un d’Israël qui a vécu toute sa vie ici, qui ne l’a pas boycotté, qui n’a jamais envisagé d’émigrer et qui se sent lié à ce pays de tout son être, d’appeler à un tel boycott. Je ne l’ai jamais fait. J’ai compris ce qui motivait le boycott et j’ai pu apporter une justification à de telles raisons. Mais je n’ai jamais prêché pour que d’autres prennent une telle décision. Cependant, avec un Israël qui entre de lui-même dans une nouvelle période de sombre impasse, tant diplomatique qu’idéologique, l’appel à un boycott est nécessaire, c’est l’ultime refuge pour un patriote.



Note de la traduction : lire justement :

- D’importants hommes d’affaires israéliens mettent en garde Netanyahu : bloquer le processus de paix va ruiner l’économie d’Israël - Barak Ravid – Haaretz
- La sagesse du consensus : le boycott d’Israël, ça marche - Larry Derfner - +972



Gideon Levy : Né en 1955, à Tel-Aviv, journaliste israélien et membre de la direction du quotidien Ha’aretz, Gideon Levy dénonce inlassablement les violations commises contre 
les Palestiniens 
et le recours systématique 
à une violence 
qui déshumanise 
les peuples dressés l’un contre l’autre.



Du même auteur :

- Élections au conseil syndical
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14 juillet 2013 - Haaretz - traduction : JPP


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