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Iran : Hassan Rouhani président !

dimanche 16 juin 2013 - 08h:37

Arash Karami

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Avec un taux de participation de 72%, les Iraniens ont choisi le candidat modéré Hassan Rouhani avec une avance écrasante sur ses homologues conservateurs et tenant de la ligne dure.

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Hassan Rouhani

Rouhani, un religieux de 64 ans étiqueté comme « modéré » et qui a été capable de travailler avec les deux principales tendances et d’éviter les extrêmes, a souvent critiqué le « climat sécuritaire » qui est devenue dominant dans le pays au cours des dernières années.

Il a aussi vanté ses offices en tant que négociateur quand il était en charge des négociations avec l’Occident sur la question du nucléaire.

Dans ses interviews à la télévision, il a été souvent direct, sans avoir peur d’être offensif. Dans les derniers jours avant les élections, avec le retrait du réformateur Mohammad Reza Aref et le soutien de l’ancien président réformateur Mohammad Khatami et de l’ayatollah Hashemi Rafsanjani, Rouhani a commencé à attirer les foules lors des rassemblements électoraux, ce qui montrait qu’une dynamique jouait en sa faveur.

Beaucoup avaient prédit qu’aucun candidat ne gagnerait la majorité des votes et donc qu’un second tour serait nécessaire. Cependant, surprenant de nombreux analystes, Rouhani a obtenu plus de 18 millions de votes. Les voix pour les trois autres candidats derrière lui se répartissent comme suit : le maire de Téhéran Mohammad Bagher Ghalibaf a obtenu environ 6 millions de votes, Saïd Jalili, négociateur sur le dossier nucléaire et tenant de la ligne dure, a gagné plus de 4 millions de voix et le secrétaire du Conseil d’arbitrage [Expediency Council] Mohsen Rezaei a obtenu moins de 4 millions de voix.

Dès que son élection a été connue, les journalistes et les observateurs occidentaux ont rapporté que des célébrations avaient éclaté dans les rues à travers le pays.

Rouhani sera confronté à une litanie de problèmes nationaux et internationaux, et sur de nombreux fronts il devra compter avec le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui contrôle non seulement la politique étrangère et le dossier du nucléaire, mais a de plus en plus le pouvoir d’intervenir dans les nominations aux postes ministériels clés.

Dans quelle mesure Rouhani pourra-il mettre en œuvre des changements significatifs dans un système où le chef suprême contrôle presque tous les leviers du pouvoir, semble être aujourd’hui la question.

Ancien porte-parole iranien pour les négociations nucléaires lorsque Hassan Rouhani était en fonction sur ce dossier, Seyed Hossein Moussavian a déclaré dans un courriel qu’en raison de la relation particulière entre Rouhani et Khamenei, ces deux personnes peuvent travailler efficacement ensemble. « Le Guide suprême appuiera fortement Rouhani parce qu’ils sont très proches depuis 45 ans », a déclaré M. Moussavian. « Rouhani a été son représentant dans le Conseil national de sécurité (NSC) pendant deux décennies. Le Guide suprême dispose de deux représentants au sein du NSC et Rouhani a été son représentant tout au long de ces années tandis que le second représentant a été changé trois fois. »

Cependant, Alireza Nader, analyste à la Rand Corporation, estime que les dés sont pipés et que Rouhani ne mettra pas en œuvre de réformes significatives. « Il reste à voir comment les ultra-conservateurs parmi les Gardiens de la Révolution et le Basij [organisation para-militaire de volontaires] réagirontt à l’élection de Rouhani. Il y avait beaucoup d’espoir en son temps que Mohammad Khatami puisse aussi résoudre les problèmes de l’Iran quand il a été élu en 1997. Mais Khamenei et les Gardiens avaient réussi à le bloquer. Une question clé est de savoir si Khamenei fera confiance à Rouhani ... Rouhani est très étroitement lié à l’ayatollah Rafsandjani qui a été interdit de candidature [par le Conseil des Gardiens, lequel est directement et indirectement nommé par le guide suprême]. Cela n’augure rien de bon avec la majorité des jusqu’au-boutistes iraniens ».

Peut-être le problème le plus important auquel l’Iran fait face, sont les dégâts provoqués sur l’économie par les sanctions occidentales, en raison du programme nucléaire iranien. « Alors que les droits de l’Iran à la technologie nucléaire pacifique restent une ligne rouge pour la nouvelle administration [présidentielle iranienne] », a déclaré M. Moussavian, « l’élection ouvre une nouvelle fenêtre pour le P5 +1 et l’Iran pour démarrer une nouvelle ère de coopération plutôt que de confrontation, et pour trouver une solution pacifique au dossier nucléaire iranien, sauvant aussi la face pour les deux parties. »

Alors que bon nombre des partisans de Rouhani ont envahi ce soir [15 juin] les rues pour se réjouir, ils expriment aussi beaucoup de demandes, et le temps nous dira si leurs revendications seront satisfaites. Il faudra des années pour se remettre des lourdes charges sociales et économiques imposées à des millions d’Iraniens au cours des dernières années. L’administration de Mahmoud Ahmadinejad [l’ancien président] semblait soit distante, soit dans le déni de la facture payée par les Iraniens à cause des sanctions et de la mauvaise gestion. En outre, la mise en résidence surveillée des deux candidats à la présidence en 2009, Mir Hossein Mousavi et Mehdi Karroubi, et la question des prisonniers politiques sont une préoccupation commune dans de nombreux rassemblements des partisans de Rouhani où les slogans reprennent tous ces noms. La libération des prisonniers pourrait servir de préliminaire à des réformes sociales plus larges.

Même si des réformes sont mises en œuvre, l’élection de Rouhani pourrait avoir des avantages pour Khamenei, qui avait paru pourtant il y a quatre ans soutenir le candidat de la ligne dure, Mahmoud Ahmadinejad. « Khamenei sait l’état du pays et sait que le pays a besoin d’aller vers un apaisement au niveau national comme dans la politique étrangère », a déclaré à al-Monitor l’ancien journaliste et militant politique Saeed Aganjir. « Et Rouhani ne pose aucun danger ni pour Khamenei ni pour le système. Il est proche à la fois de Khamenei et de Rafsandjani. Par conséquent, Rafsandjani obtient ce qu’il souhaitait et se retrouve proche de la direction présidentielle et Khamenei stabilise son pouvoir. Cela va soulager la pression exercée sur Khamenei ».

Rouhani prêtera serment en tant que président en août.

* Arash Karami, journaliste à al-Monitor, suit la presse iranienne. Son compte Twitter : @thekarami

15 juin 2013 - al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://iranpulse.al-monitor.com/ind...
Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach


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