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Boston, un attentat en quête de coupables…

mercredi 17 avril 2013 - 22h:02

Philippe Grasset

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Con Coughlin, chroniqueur émérite du Daily Telegraph et spécialiste du quotidien londonien pour les affaires américanistes, nous donnait, ce 16 avril 2013, une chronique mélancolique sur l’attentat du marathon de Boston. Quelle différence avec 9/11 où l’affaire ne fit pas un pli…

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Attaque par drones américains interposés au Pakistan ? Bombardements israéliens sur Gaza ? Explosion d’une voiture piégée à Bagdad ou Damas ? Non.. Attentats à Boston, aux États-Unis - Photo : K.MCGAH/AP/SIPA

Cette fois, ce qui fut remarquable dans les heures qui ont suivi l’affreuse chose, (et même 24 heures après, et même 36 heures après), c’est le désarroi devant la multiplicité des pistes et des coupables possibles. Cela, écrit tristement Coughlin, c’est l’Amérique du président Obama, car cette diversité des possibles coupables “nous montre quel pays divisé l’Amérique est devenue”… Obama nous avait promis l’unité américaniste retrouvée et il nous a donné la division américaniste, – plus que jamais, – “ce qui est la raison pour laquelle les autorités US cherchent du côté des groupes extrémistes intérieurs autant que du côté des groupes terroristes internationaux comme al Qaïda comme suspects potentiels”…

« … Etant donné que les Etats-Unis ont échappé de justesse, ces dernières années, à des attentats préparés par des cellule terroristes islamistes -l’homme qui cachait une bombe dans ses sous-vêtements à Détroit, les bombes dissimulées dans des cartouches d’encre, l’attentat désamorcé de Times Square- il était inévitable que, tout de suite après les explosions, on ait soupçonné les extrémistes islamistes. Cela pourrait évidemment être le cas, mais les enquêteurs s’intéressent de plus en plus aux groupes d’extrême droite intérieurs qui sont tout aussi capables de perpétrer ce genre de crime horrible. L’attaque de Timothy McVeigh contre le complexe fédéral en 1995 qui a causé la mort de 168 personnes a été perpétrée au nom des droits de l’homme.

 » Actuellement les enquêteurs se tournent vers les nombreux groupes "patriotiques" de l’extrême droite qui se sont créés depuis que M. Obama est arrivé au pouvoir. On sait notamment que les efforts de l’administration Obama pour réglementer la possession d’armes les exaspèrent. Il est clair que l’importante augmentation des groupes patriotiques -ils ont augmenté de 813 pour cent en quatre ans- sont le signe qu’Obama aura beaucoup de mal à remédier aux profondes divisions de la société américaine. »

Brandon Smith, de Alt-Market.com, avait eu une autre thèse, toujours quelques heures après l’attentat. Pour lui, l’attente de la désignation d’un suspect tenait simplement aux délibérations du gouvernement, du type : “à qui faire porter le chapeau, de la façon la plus intéressante pour nous ?”. Cela, à la lumière de la citation de Rahm Emanuel, ancien chef de cabinet d’Obama reconverti dans l’une des fonctions les plus appréciées d’Al Capone (maire de Chicago), qui nous dit effectivement qu’il ne faut jamais gaspiller une bonne crise : « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. Ce que je veux dire, c’est que c’est l’occasion de faire ce qu’on ne pouvait pas faire avant. »

Là-dessus, Brandon Smith nous explique comment l’attaque de Boston ressemble à s’y méprendre à celles que Gladio avaient organisé en Italie, dans les années 1970, ces “années de plomb” qui furent prisonnières de la “stratégie de la tension”… Ainsi le gouvernement aurait-il organisé cette attaque avant même de songer à qui il pourrait l’attribuer. (Est-ce si absurde, grotesque, marque d’une obsession du complot et ainsi de suite ? Même cela, nous n’oserions l’affirmer, parce que même cela ne serait pas tout à fait impossible, tant tous les possibles, y compris les presque-impossibles, sont présents dans nos esprits et au bout de nos plumes comme des possibilités-après-tout…) (Sur Alt-Market.com, le 16 avril 2013.)

« Beaucoup de gens se refusent à le croire, mais tous ceux qui s’intéressent à la vérité historique doivent un jour ou l’autre reconnaître que les gouvernements exploitent les crises. Parfois ils se contentent de tirer profit du chaos et du contrecoup d’un désastre dont ils ne sont pas responsables. D’autres fois, ils provoquent eux-mêmes une catastrophe pour créer une situation favorable à des changements politiques ou sociaux. En ce qui concerne les explosions récentes au Marathon de Boston qui ont tué trois personnes et en blessé au moins 140, j’ai posé la question suivante : "Qui avaient-ils projeté d’accuser de l’attentat ?" Les personnes naïves et crédules répondront : "Ils accuseront les vrais coupables de l’attaque, bien sûr !" […]

 »… L’attentat de Boston a déjà tous les ingrédients d’une opération sous faux drapeau d’un grand potentiel subversif, et certains détails me rappellent l’Opération Gladio, un opération sous faux drapeau utilisée par les gouvernements de l’OTAN (dont les Etats-Unis) pendant des dizaines d’années d’attentats et d’attaques de masse dans des endroits de grande fréquentation de toute l’Europe qui ont été faussement attribués "aux terroristes d’extrême gauche". L’opération a été révélée au début des années 1990 par le gouvernement italien et vite reléguée dans les poubelles de l’histoire. Vincenzo Vinciguerra, un terroriste d’extrême droite relié à Gladio, qui purge actuellement une peine de prison à vie pour avoir piégé une voiture et causé la mort de trois policiers a déclaré sous serment en mars 2001 : "Nous devions attaquer des civils, le peuple, les femmes, les enfants, des innocents, des inconnus qui n’avaient rien à voir avec la politique... La raison en est toute simple. Ces attaques étaient supposées pousser les gens, le peuple italien, à réclamer plus de sécurité à l’état. C’est la logique politique qui l’on retrouve derrière tous les attentats qui restent impunis parce que l’état ne peut pas se condamner lui-même ni reconnaître sa responsabilité dans ce que s’est passé…”

 »La stratégie de l’OTAN était claire : terroriser la population ordinaire, cibler autant d’innocents que possible dans les endroits où ils se sentaient le plus en sécurité et pousser les citoyens dans les bras ouverts de l’establishment. Cette tactique provoquait une prolifération cancéreuse de tensions publiques parce qu’elle supprimait le sens de la "distance" par rapport à la violence. Une attaque pouvait se produire n’importe quand, n’importe où. Un bouc émissaire prévu d’avance est alors proposé, complétant le circuit et galvanisant les foules dans le sens désiré par l’establishment.

 »Les méthodes utilisées en Europe pour diaboliser les mouvements politique "d’aile gauche" pourraient tout aussi facilement servir à diaboliser des mouvements politiques "d’aile droite" ici aux Etats-Unis… […] Le timing, ajouté à ce que l’attaque a d’étrange, est parfait pour le gouvernement. Le 15 avril est le jour où le pays paie ses impôts et la manifestation du Tax Protest Day (la Journée de protestation contre les impôts) qui est sponsorisée chaque année par le Tea Party devait aussi avoir lieu le 15 avril cette année. Par dessus le marché, au Massachusetts, Patriots Day (une fête civique en l’honneur des batailles de Lexington et Concord) est chaque année le troisième lundi d’avril, qui se trouvait aussi être le 15 cette année. Oath Keepers, une organisation constitutionnelle souvent faussement accusée d’être un "groupe extrémiste intérieur " par le DHE (département de la sécurité intérieure) et le SPLC (Centre Méridional De Loi De Pauvreté), avait programmé un rallye en faveur de la liberté le 19 avril à Lexington Green au Massachusetts. Est-ce que vous commencez à comprendre ?

 »Il y a eu l’adoption de l’absurdement fasciste N.D.A.A (National Defense Authorization Act) et maintenant le Sénat vit l’attaque la plus violente de l’histoire contre les droits que nous garantit le Second Amendement ; à ces deux évènements s’ajoute l’obstination d’Obama d’inclure les citoyens étasuniens dans les personnes susceptibles de faire l’objet d’assassinats ciblés et le fait que de nombreux états ont mis en place des restrictions d’armes et même des confiscations : en concéquence, l’opinion publique est en train de se retourner clairement contre le gouvernement fédéral. Ne serait-il pas idéal pour son agenda que les auteurs de l’attentat du Marathon de Boston se révèlent être des "terroristes-intérieurs-en-faveur-des-armes,-contre-les-impôts-et-anti-gouvernementaux", ou même simplement des militants du Mouvement des Constitutionalistes et de la Liberté qui sont considérés comme tels ? …”

... Nous aussi, nous l’avouons, nous avons eu cette question à l’esprit, presque une journée après l’attentat de Boston : mais qu’attendent-ils donc pour désigner le coupable ? Du temps de 9/11, ça ne traînait pas, et c’est tout juste si l’on n’était pas informé avant. Cette fois, au contraire, la restriction est la règle, avec notamment un Obama hésitant longuement à propos de l’utilisation du mot “terroriste” qu’il s’interdit d’employer dans sa première intervention, de même que toute spéculation concernant l’origine des auteurs de l’attaque. (Reuters, le 16 avril 2013 : « Les officiels de la Maison Blanche et les enquêteurs ont déclaré qu’il était trop tôt pour dire si les attaques de Boston étaient le fait d’un groupe étranger ou d’un groupe local et pour connaître leur but. »)

Cela lui est vertement reproché par DEBKAFiles, qui, lui, sait parfaitement de qui il s’agit. Le site israélien, si proche des services de sécurité, entend transformer l’attentat de Boston en un argument irrésistible, à la fois pour entretenir la mobilisation contre le terrorisme islamique, à la fois pour disposer d’arguments contre les pays dont on est sûr, évidemment, qu’ils sont les sources du terrorisme, – l’Iran, certes, ferait bien l’affaire, – et une attaque contre ce pays, également. Dans une première intervention, le 16 avril 2013 encore, DEBKAFiles compara l’attitude d’Obama en l’occurrence à celle que son administration avait montrée, toujours selon DEBKAFiles, lors de l’attaque de Benghazi du 11 septembre 2012.

« Mardi, le FBI a reconnu qu’une "enquête sur un terroriste potentiel" était en cours, bien que le président Barack Obama, quand il a demandé justice contre les "responsables de l’attentat", ait soigneusement évité le terme "terroriste". Cela rappelle le refus de son administration de qualifier de terroriste l’attaque contre le consulat étasunien de Benghazi le 11 septembre 2012 et le meurtre de l’ambassadeur Chris Stevens, qui pourtant étaient clairement l’oeuvre d’une cellule d’al Qaeda. Les experts du contre-terrorisme sont tout aussi certains que l’attaque du Marathon de Boston porte les marques du terrorisme du Moyen Orient bien qu’il soit trop tôt… […] A la différence du président, la sénatrice Dianne Feinstein, présidente du Comité des services secrets du sénat n’a eu aucun scrupule à exprimer clairement ce que tout le monde soupçonne. Tout de suite après les faits, elle a dit : "Je pense qu’il s’agit d’une attaque terroriste" -bien qu’il soit trop tôt pour dire s’il s’agit d’un terroriste local ou étranger." »

DEBKAFiles revient sur l’affaire quelques heures plus tard, toujours ce même 16 avril 2013. Il nous assure qu’il a des révélations nouvelles des enquêteurs eux-mêmes, qu’il s’agit d’une cellule saoudienne d’al Qaïda, et terminant par un “nous vous l’avions bien dit” en invitant à relire le texte précédent (on n’a jamais de meilleure source que soi-même écrivant quelques heures plus tôt des “révélations” sur le sujet).

« Les sources contre-terroristes de DEBKAfile peuvent révéler cependant que les enquêteurs ont localisé une cellule terroriste suspecte composée de 3 Saoudiens très vraisemblablement liés à Al Qaeda. […] les origines de la cellule saoudienne, si elles sont confirmées, suggèrent fortement que Al Qaeda d’Arabie Saoudite – AQAP – a réussi à implanter une cellule aux Etats-Unis pour perpétrer l’attentat de Boston – et vraisemblablement d’autres cellules dans d’autres parties des Etats-Unis... La Province d’Asir est connue pour être un foyer de résistance contre le trône saoudien de Riyadh…. […]

 »DEBKAfile a été le seul média a annoncer dès mardi que l’enquête du FBI sur le Marathon de Boston s’orientait vers des terroristes du Moyen Orient bénéficiant d’un soutien local.

 »La suite : … »

Boston est donc le deuxième attentat depuis 9/11… Mais “deuxième” quoi ? Attentat d’al Qaïda ? Attentat à la bombe ? Attentat terroriste ? Attentat d’un groupe US anti-Obama ? Impossible de qualifier précisément la chose en prenant la référence sacrée, qu’il est essentiel de ne pas écarter (“depuis 9/11”). D’autres événements se sont passés depuis et il est difficile de faire de l’attaque de Boston quelque chose d’aussi purement définie que le fut 9/11, de façon à lui donner une place dans la mythologie des “époques” de la “guerre contre la Terreur” qui se sont succédées depuis 9/11. Désormais, à côté de la mythologie du terrorisme extérieure, se trouve en effet, et en très bonne place, la mythologie de la “résistance intérieure” (US).

Le site Infowars.com, qui ne cesse d’accumuler les textes depuis l’attaque de Boston en faisant jouer sa préoccupation fondamentale qui est intérieure et son hostilité au gouvernement Obama et aux libéraux-progressistes qui le soutiennent encore, est largement aidé par ces mêmes libéraux-progressistes dont nombre se sont précipités sur la “piste intérieure”. Le site reprend (le 16 avril 2013) les diverses analyses et informations qui ont suivi une intervention dite -“tweetée” de Michael Moore, le cinéaste et documentaliste progressiste dont la soutien à Obama ne s’est jamais démenti : « Tax Day. Patriots Day », écrivit Moore… Pour une fois, Infowars.com n’a pas à spéculer lui-même, il lui suffit de citer, et de citer des sources qui ne sont pas de ses amies.

« “ Le cinéaste ne nous donnait pas une leçon de math mais il faisait plutôt comprendre au million et demi de ses adeptes qu’ils leur fallait tirer les conclusions qui s’imposaient à propos de l’attentat," écrit Red Alert Politics. Même Mediaite a trouvé l’accusation de Moore exagérée. "Le documentariste Michael Moore a été inhabituellement énigmatique dans ses commentaires sur l’attentat de Boston, mais il ne fallait pas être un génie des mathématiques pour comprendre ce qu’il voulait dire : ce doit être l’œuvre de droitistes anti-gouvernementaux, anti-taxes du Tea Party parce... eh bien parce que," a écrit Kirell ce matin… »

Ainsi s’impose le premier enseignement de ces premières 24 heures ou 36 heures après “la deuxième attaque terroriste la plus meurtrière aux USA depuis 9/11” (si l’on tient à la mythologie, – et l’on sait que cette mythologie-là est fondamentalement celle des USA, et que tout ce qui se passe aux USA doit être marquant pour notre civilisation toute entière, – c’est-à-dire notre contre-civilisation et le Système). Le réflexe fondamental, l’élan irréfragable de la psychologie collective aux USA depuis 9/11 a changé d’une façon extrêmement importante.

Dans ce qu’on nomme “l’inconscient collectif”, qui n’est pour nous que la psychologie collective bien plus ouverte et “lisible” dans toute sa vulnérabilité face à la puissance du système de la communication qui relaie les grands courants de la perception, la situation de crise intérieure et d’affrontement avec le “centre” aux USA tient désormais une place au moins aussi importante que la situation de la guerre contre la terreur (nécessairement extérieure, nécessairement islamiste, selon les automatismes de communication). Il s’agit là d’un enseignement fondamental pour nous dire l’état d’esprit des populations comme des directions politiques du Système. En ce sens, nous dirions que les réactions de perception (qui n’ont rien à voir avec les réalités des responsabilités) suivant l’attaque du marathon de Boston nous montrent ce qui est en fait un grave revers du Système.

La crise du terrorisme (extérieur), qui constituait le parfait faux-nez pour réorienter vers l’extérieur et vers le mythe 9/11, en leur ôtant toute tentation antiSystème, tous les événements incontrôlables à l’origine, et les réactions de la psychologie collective qui vont avec, a désormais un concurrent de taille, au moins aussi puissant, sinon plus, qui est la crise intérieure des USA. Ce deuxième facteur qui est désormais intronisé comme argument majeur et comme matière fondamentale de pénétration de la psychologie, met en cause, lui, directement le Système dans sa substance antiSystème évidente.

17 avril 2014 - Dedefensa - Pour consulter l’original :
http://www.dedefensa.org/article-un...
Traduction des parties en Anglais : Dominique Muselet


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