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Une prison à ciel ouvert

vendredi 1er mars 2013 - 07h:44

Ayman Qwaider

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La Bande de Gaza est une prison à ciel ouvert, au niveau physique comme psychologique, nous écrit Ayman Qwaider.

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24 novembre 2012 - Des écoliers contemplent les dégâts causés à leur école - gérée par les Nations Unies - par les bombardements israéliens - Photo : AFP-Getty/Mohammed Abed

En circulant dans les petites rues des camps de réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza, vous entendez les gens parler sans interruption de politique. Bien évidemment, ils font toujours le lien entre la politique et leur vie quotidienne. La réalité de tous les jours dans la bande de Gaza, c’est devoir vivre au jour le jour des changements dramatiques. En d’autres mots, c’est un environnement où la sécurité n’est jamais garantie. A Gaza, l’insécurité est devenue partie intégrante de la vie quotidienne. On y parle souvent de l’inéluctabilité de la violence et des guerres, ainsi que des symptômes des souffrances endurées. Gaza est une prison à ciel ouvert avec des effets physiques et psychologiques très négatifs sur la totalité de cette nation si jeune de 1,7 million de personnes, en très large majorité des femmes et des enfants.

Au cours des 8 dernières années, la société de la bande de Gaza a vécu deux impitoyables guerres d’agression qui ont fait de ce minuscule territoire, une zone hébergeant une population extrêmement traumatisée et une très jeune génération exposée à tous les risques. A Gaza, les bombardements israéliens surviennent avec régularité et il n’y a absolument rien à faire, si ce n’est les endurer. Lors d’une visite dans la ville de Bait Hanoun, au nord du territoire, j’ai eu la chance de pouvoir m’assoir et discuter avec un groupe de jeunes enfants qui jouaient au football dans un petit parc un peu délabré. Profiter de chaque instant de la vie est leur objectif principal dans un environnement aussi cruellement instable. Et la mort est devenue un sujet habituel de conversation. On se rend facilement compte que les enfants sont certains que quelque chose de néfaste va leur arriver, mais sans aucune idée de où ni quand cela se produira. A Gaza, il n’y a sans contestation possible une génération qui vit un drame, avec très peu d’espoir. A cause d’une vie impossible au milieu de murs fabriqués par l’homme.

Une politique systématique faite pour isoler

Une dévastatrice politique d’isolement imposée sur les 1,7 millions de civils a toutes ces dernières années, causé une absence d’interaction entre les habitants de Gaza et le reste de la communauté humaine. Cette distance sans cesse croissante et les constantes agressions israéliennes par des drones et des avions, ont obligé la jeune génération à considérer plusieurs perspectives. Lorsque les gens s’impliquent et apprennent selon les expériences des uns et des autres, cela offre une ouverture et un espoir. C’est ce que l’on peut attendre d’une génération isolée, livrée à elle-même pour faire face aux réalités agressives comme à celles de Gaza. Une conclusion logique et démoralisante serait que la violence est quelque chose d’inéluctable dans une communauté en situation d’enfermement.

Une génération traumatisée

J’ai visité l’Institut Canaan dans la ville de Gaza, un institut pionnier dans le travail avec les enfants à travers des activités d’éducation novatrices et une pédagogie inventive. « La situation actuelle dans la bande de Gaza a laissé la jeune génération sur la touche. Une profonde inquiétude, des syndromes de stress post-traumatique et une grande anxiété sont monnaie courante chez les jeunes de Gaza », explique à Info-Palestine, Issa Sabah, le directeur de l’institut.

Les nuits sont sans sommeil dans la bande de Gaza, avec plus de 8 heures de coupures d’électricité. Cet hiver a été rude et les nuits d’hiver sont plus dures à supporter en raison de ces coupures. La pénurie d’électricité dans la bande de Gaza a des effets destructeurs sur la vie quotidienne des Palestiniens, à différents niveaux. L’éducation n’est pas la seule victime de cette pénurie d’électricité, mais certainement une des plus affectées par cette crise voulue et provoquée. Les écoles de Gaza fonctionnent sur deux rythmes, les mêmes cours ayant lieu le matin et l’après-midi en raison du grand nombre d’étudiants et des modestes fournitures de matériaux de construction autorisées pour la bande de Gaza. Lorsque la journée d’école est terminée, les étudiants passent une grande partie de leur temps à domicile. Faire ses devoirs et réviser ses leçons ne sont pas des tâches aisés dans la bande de Gaza. Anas Qwaider, un élève âgé de 12 ans, a déclaré à Info-Palestine : « la nuit est le seul moment où je peux réviser mes leçons et faire mes devoirs. Les nuits d’hiver dans Gaza sont très froides avec environ 8 heures sans électricité. Lorsque la lumière est coupée, je dépends de celle des bougies pour travailler mes leçons et révisions. Comment peut-on recevoir une éducation de qualité dans des circonstances aussi difficiles » ?

Une solution politique

En 1948, Israël à délibérément chassé les Palestiniens de leurs maisons et construit un État pour les juifs. La cause palestinienne a été présentée comme une question humanitaire plutôt que politique. Aujourd’hui dans la bande de Gaza, cette situation humanitaire ne fait qu’empirer en raison de la destruction massive des moyens de subsistance et de la dégradation des infrastructures. Inutile de dire que les Palestiniens sont désespérément dans l’attente d’une solution politique qui mette fin aux années de terrorisme imposées par un État mis en place sur une décision politique en 1948. Ce qui est attendu de la communauté internationale, c’est de mettre l’accent sur la liberté et les droits de l’homme, et non pas de s’accommoder de la souffrance du peuple palestinien dans la Bande de Gaza.

Version anglaise (english version)

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* Ayman Qwaider est étudiant en thèse et spécialiste des questions d’éducation dans les situations de conflit et post-conflit. Il peut être joint à : ayman.qwaider@gmail.com
Consultez son blog à : http://aymanqwaider.wordpress.com
Il est originaire de la bande de Gaza, et il a pu rentrer récemment dans ce minuscule territoire palestinien sous blocus depuis bientôt 7 ans. Il nous livre ici ses dernières impressions.



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Février 2013 - Pour Info-Palestine.eu - Transmis par l’auteur


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