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De rêveurs, Ezzeddine Qalaq et les affiches révolutionnaires de Palestine (3/3)

samedi 12 janvier 2013 - 14h:45

Rasha Salti – Manifesta

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Ezzeddine Qalaq est né en 1936, dans un village près de Jaffa. Avec la Nakba, sa famille est déplacée dans un camp de réfugiés en Syrie, près de Damas. Il étudie la chimie à l’université de Damas, rejoint le Parti communiste et passe un bref séjour en prison pour activités subversives. Il voyage en Arabie saoudite et y travaille pendant près de deux ans comme professeur. Il part pour préparer un doctorat ès lettres, sa véritable passion, à l’université de Poitiers, en France. C’est là qu’il rejoint la branche de l’Union générale des étudiants palestiniens, et qu’il s’y distingue, un chef naturel est né. Yasser Arafat le nomme représentant de l’OLP en France une fois qu’il a réussi son doctorat, et il s’installe à Paris en 1973. Le 3 août 1978, Qalaq est assassiné avec son confrère, Adnan Hammad, dans l’explosion d’une bombe dans son bureau à Paris. Telle est, brièvement, sa biographie en style wiki.

Constitution en cours d’une exposition virtuelle. Affiches de la Révolution palestinienne.


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Ezzeddin Qalaq en France,
photo fournie par Claude Lazar




Voir la première et la deuxième partie


Les affiches sont aussi utilisées pour dénoncer les massacres, les agressions et les crimes de guerre perpétrés contre les Palestiniens depuis le début de leur lutte contre la colonisation juive de la Palestine sous le joug colonial britannique. D’inscrire les actes de violence dans un enregistrement en série, en les identifiant publiquement comme des crimes, est un remarquable remède à l’indifférence des médias à l’égard de détresse des Palestiniens, de même qu’une manifestation de reconquête de l’agence.

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Toute révolution a ses héros. La révolution palestinienne identifie les combattants tombés en luttant, les intellectuels et dirigeants assassinés comme des héros-martyrs ; ils sont intégrés dans l’histoire populaire, iconisés, mais rarement idolâtrés. Les affiches de martyrs deviennent très vite un genre en elles-mêmes, évoluant de simple photo-portrait du martyr, avec son nom, la date de sa mort et un slogan politique, à une composition visuelle complexe, expressionniste ou abstraite, avec un verset poétique remplaçant le slogan.

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Le combat palestinien pour la liberté est connu en arabe sous le nom de « fida’i » (au pluriel, fida’iyyin ou fidayyin). Il fait don de sa vie pour défendre son peuple et sa terre, laver l’humiliation de victime passive, corriger l’injustice historique dont il est frappé. D’un point de vue sémiologique, le mot a été attribué à l’origine au Christ, martyr par excellence. L’utilisation moderne du terme pour désigner les insurgés palestiniens est consacrée dans un poème publié durant la Grande Révolte de 1936, le soulèvement populaire contre le joug du mandat colonial britannique. La révolution palestinienne est aussi une guerre du peuple, et les fedayyin sont de ces gens ordinaires. Intrépide et tenace, le fida’i est à la fois anonyme et épique. Il couvre sa tête d’un kuffiyyah pour s’infiltrer dans les lignes ennemies sans révéler son identité personnelle. Les affiches célébrant les fidayyin veulent démystifier les représentations négatives des combattants en tant que terroristes, et mobiliser les générations à l’appel du champ de bataille.

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Les organisations politiques palestiniennes ont également été confrontées à un énorme défi, celui d’une perception évolutive de leur révolution en Occident. Dans les grands médias, les Palestiniens sont au mieux, des réfugiés sans défense et au pire, des terroristes impénitents. La cause palestinienne trouve un terrain amical de solidarité chez les mouvements anticolonialistes, anti-impérialistes. En règle générale, ils s’articulent sur deux thèmes : la dénonciation des crimes israéliens commis contre les Palestiniens (occupation militaire, expulsions arbitraires, arrestations, assassinats, massacres, bombardements, etc.) et la droiture de la révolution.

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La révolution palestinienne fascine les cœurs et les esprits de l’intelligentsia progressiste et militante dans le monde arabe, la Palestine devient une métaphore pour un monde arabe, juste, démocratique, libre et souverain. Alors que les régimes à travers la région sont de plus en plus autocratiques et intolérants devant la contestation et la critique, les artistes et intellectuels trouvent un refuge chaleureux dans leur engagement pour la révolution palestinienne. La production culturelle est alors prolifique : expositions, projections de films, publications, et concerts abondent.

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L’une des tragédies de la condition d’apatride est l’impossibilité d’établir et d’administrer des archives appropriées. Qalaq a la prévoyance d’un visionnaire en collectant les affiches produites à Beyrouth, Damas et en Europe. Sa collection représente un recensement unique et vibrant de la façon dont les Palestiniens se voyaient eux-mêmes autrefois : dignes, souverains et beaux ; des hommes et des femmes en couleur et en poésie, défiant un monde qui leur refuse le simple fait d’exister. Qui aurait pu croire que de la misère blafarde des camps de réfugiés trempés de boue, aux toits en tôle, s’élèveraient un tel rayonnement, un tel lyrisme et une telle créativité pour inverser le cours de l’histoire ?

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Cette projection virtuelle a été inspirée par une exposition que l’on m’avait invitée à organiser en 2008, intitulée « Affiches de la Révolution palestinienne – La collection Ezzeddine Kalak ». Elle s’intégrait dans MASARAT Palestine, saison artistique et culturelle dans la communauté française de Wallonie-Bruxelles, une initiative du Commissariat général aux Relations internationales et de la Délégation générale palestinienne à l’Union européenne, en Belgique et au Luxembourg, sous le haut patronage du ministère des Relations internationales, Mahmoud Darwich, et avec le soutien du ministère de la Culture.

Conception et exécution : Les Halles de Shaerbeek, Bruxelles. Affiches de la Révolution palestinienne. La collection Ezzedine Kalak a été recueillie au Mundaneum, centre d’archives et espace d’exposition à Mons, Belgique du 7 novembre au 21 décembre 2008. L’exposition était parrainée par le Commissariat général aux Relations intérieures et la Délégation générale palestinienne à l’Union européenne, en Belgique et au Luxembourg.

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Rasha Salti est auteure et commissaire d’exposition indépendant vivant à Beyrouth. Ses recherches portent sur le cinéma et les arts visuels ; elle écrit régulièrement sur des questions politiques et sociales. En 2010, avec Kristine Khouri, elle initie un projet de recherche à long terme sur l’histoire de l’art moderne dans le monde arabe. (Sources : Marseille Expo

Manifesta - traduction : Info-Palestine/JPP


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