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Israël ne veut pas la paix

jeudi 12 avril 2007 - 10h:33

Gideon Lévy - Ha’aretz

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Le moment de la vérité est arrivé, et on doit le dire : Israël ne veut pas la paix. L’arsenal des excuses s’est épuisé, et les refrains israéliens rejetant la paix sonnent déjà creux.

Jusqu’à récemment, il était encore possible d’accepter le refrain israélien qui consistait à dire « qu’il n’y avait pas d’interlocuteur palestinien » pour faire la paix et que « le temps était mal choisi » pour discuter avec nos ennemis. Aujourd’hui, la nouvelle réalité qui s’étale devant nos yeux, ne laisse aucun doute et le refrain trop longtemps répété disant qu’Israël est pour la paix ne tient plus.

Il est difficile de dire quand la rupture s’est produite. Était-ce le rejet absolu de l’initiative saoudienne ? Est-ce le refus d’accorder de l’intérêet à l’initiative syrienne ? Est-ce les entrevues annuelles donnés par le premier ministre Ehoud Olmert pendant la Pâque juive ? Est-ce le revirement face aux propos tenus à Damas par Nancy Pelosi, chef de la chambre des représentants des États-Unis, affirmant qu’ Israël était prêt à reprendre les entretiens de paix avec la Syrie ?

Qui l’aurait cru ? Un fonctionnaire de haut rang des États-Unis déclare qu’Israël veut reprendre les entretiens de paix avec la Syrie et aussitôt le président de ce pays remet en cause « durement » cette déclaration. Israël a-t-il pris en compte cette remise en cause ? Avons-nous compris la signification de ces déclarations en matière de paix ? Sept millions de citoyens israéliens apathiques montrent que non.

Des générations entières ont grandi ici dans l’aveuglement et le doute sur les chances de faire la paix avec nos voisins. Dans notre jeunesse, David Ben Gourion nous nous disait que s’il avait pu seulement rencontrer les dirigeants arabes, il nous aurait apporté la paix en son temps. Israël a exigé des négociations directes par principe et les Israéliens en ont tiré une grande fierté du fait que leur préoccupation quotidienne pour faire la paix a passé au second plan les ambitions élevées de leur Etat. On nous a dit qu’il n’avait aucun partenaire pour faire la paix et que l’objectif final des Arabes est de provoquer notre destruction. Nous avons brûlé les portraits « du tyran égyptien » dans nos feux de joie en célébrant la Lag Ba’omer, et on nous a convaincus que tout le blâme de l’absence de paix retombait sur nos ennemis.

Ensuite est venu le temps de l’occupation des territoires suivi par la terrorisme, par Yasser Arafat, par la faillite du deuxième sommet de Camp David, par l’arrivée au pouvoir du Hamas, et nous étions sûrs, toujours sûrs, que c’était encore leur faute. Dans nos rêves les plus fous, nous n’aurions jamais cru qu’un jour viendrait où le monde arabe tout entier tendrait la main pour faire la paix et qu’Israël balayerait la proposition d’un geste au loin. Il aurait été encore plus fou d’imaginer que ce refus israélien serait blâmé par manque de réaction de l’opinion publique d’israël.

Les choses ont changé et c’est Israël qui se tient aujourd’hui sur le front du refus. La politique du refus de quelques-uns, avangarde de l’extrême en son temps, est devenu maintenant la politique officielle de Jérusalem. Dans ses entrevues pendant la Pâque Juive, Olmert nous dit que « les Palestiniens sont à la croisée des chemins devant une décision historique, » mais les gens ont arrêté depuis longtemps de le prendre au sérieux. Ce sont nous qui devons prendre une décision historique mais nous fuyons cette croisée des chemins et ces initiatives comme si c’était la mort elle-même.

Le terrorisme en tant qu’excuse suprême du refus israélien de faire la paix aide seulement Olmert à rabâcher son discours indéfiniment.« S’ils [les Palestiniens] ne changent pas, s’ils ne combattent pas le terrorisme et s’ils ne respectent pas tous leurs engagements, alors ils ne pourront jamais s’extraire de leur chaos permanent. » Comme si les Palestiniens n’ont pas pris de mesures contre le terrorisme, comme si Israël est celui qui doit déterminer ce que sont leurs engagements, comme si Israël n’est pas à blâmer pour le chaos sans fin dont souffrent les Palestiniens sous occupation.

Israël fixe des conditions préalables et pense qu’il a le droit exclusif de faire ainsi. Mais, à chaque fois, Israël évite de poser la plus importante des conditions préalabres pour faire la paix à savoir la fin de l’occupation des territoires. De toutes questions posées au cours des entrevues avec Olmert pendant la Pâque Juive, personne n’a pris la peine de lui demander pourquoi il n’a pas réagi avec intérêt à l’initiative arabe sans poser de conditions préalables. La réponse à cette question est : les biens immobiliers. Les biens immobiliers des colonies.

Olmert n’est pas le seul à traîner les pieds. Une personnalité dirigeante du Parti Travailliste israélien, a dit la semaine dernière qu’« il faudra 5 à 10 ans pour sortir du traumatisme. » La paix n’est maintenant pas autre chose que la menace d’une blessure et personne ne parle encore de l’importance des bénéfices sociaux que l’on peut en tirer, dans le développement, la sécurité, la libre circulation dans la région et l’établissement d’une société plus juste.

Comme une petite Suisse, nous portons notre intérêt ces jours plus sur le taux de change du dollar et sur les allégations de détournement faits par le ministère des finances que sur les opportunités d’avenir qui dépérissent loin devant nos yeux bien ouverts.

Ce n’est pas tous les jours et ce n’est pas à chaque génération, que l’on rencontre une opportunité comme celle-là. Bien qu’il ne soit pas sûr que ces initiatives soient totalement solides et crédibles, ou qu’elles ne soient pas basées sur la supercherie, personne ne s’est donné la peine de relever le défi et de les étudier pour mieux les connaître. Que dira, Olmert devenu grand-père à ses petits-enfants ? Qu’il a retourné chaque pierre pour faire la paix ? Qu’il n’y avait pas d’autre choix ? Et que diront les petits-enfants ?

Gideon Lévy - Ha’aretz, le 8 avril 2007 : Israel doesn’t want peace
Traduit de l’anglais par D. Hachilif

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