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Pas de justice à Qalandya

mercredi 10 octobre 2012 - 06h:58

Tamar Fleishman

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« Tel est ce qui est à l’ordre du jour maintenant à Qalandya » dit un Palestinien, avec raison. Pendant plus de deux semaines, l’endroit a été en train de brûler.

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Affrontement au passage de Qalandya.
(Photo : Tamar Fleishman)

Semaine du 12e anniversaire du début de l’Intifada Al-Aqsa, jour de l’assassinat de l’enfant Muhammad A-Dura, pendant ces jours qui marquent les évènements d’octobre 2000, la situation à Qalandya semble être au bord de l’explosion.

J’ai parlé du symbolisme de ces dates avec un ami qui, dans un geste fraternel, a offert de m’aider en me donnant un chiffon imbibé d’alcool, avec lequel on soulage la sensation de brûlure venant des émanations de gaz. Il a dit qu’il pensait que les jeunes n’avaient pas conscience de cette coïncidence. Je ne sais pas, mais j’ai vu leurs visages et ils étaient déchaînés, j’ai vu que leur langage de leurs corps exprimait la détermination et qu’ils agissaient avec mépris en lançant les pierres au check-point qui est le symbole de l’occupation.

Les adolescents ne craignaient plus d’être traqués au milieu de la nuit et ne se couvraient plus le visage.

De quelle autre manière une personne qui ne détient plus son propre avenir entre ses mains peut-elle être impressionnée, une personne dont les droits ont été bafoués et à qui on a ôté sa liberté ? Ils savent que des caméras filment chacun d’entre eux et chacun de leur mouvement, et ils savent que les chasseurs de la nuit peuvent, ce soir ou demain, ou à toute autre occasion inattendue, défoncer la porte de leur maison et les conduire en prison.

De l’autre côté, à l’opposé de ces adolescents, un détachement militaire est sorti du check-point. Au départ il y en a eu deux, après ils sont arrivés plus nombreux, portant des casques, protégés par des gilets et armés de fusils, de grenades incapacitantes et de grenades lacrymogènes. Une soldate dirigeait le détachement et elle fut la première à tirer.

Les émanations de gaz frappaient sans discernement tous ceux qui étaient arrivés là, en plein après-midi ; des centaines de véhicules ne pouvaient plus rouler et y restaient coincés.

Un homme dont les jeunes enfants étaient assis à l’intérieur de son véhicule, respirant difficilement et toussant, est sorti avec colère, s’est approché d’un officier pour se plaindre que les gaz étaient envoyés sur des personnes qui n’étaient pas impliquées.

Je ne pouvais entendre ce qu’ils disaient, mais j’ai vu l’officier braquer son arme, attraper l’homme par l’épaule et le repousser, puis lui tourner le dos.

Et aussi, les camelots se pressaient à fermer leurs étals et disparaître de la ligne de tirs des pierres et des grenades, et encore les gens qui se dépêchaient de traverser la zone dangereuse, accroupis et collés au mur, et une soldate, avec un fusil, qui se tenait à l’intérieur d’une niche dans le mur, un poste pour snipper, qui s’assurait qu’aucun des adolescents se faufilaient derrière les tireurs.

Et comme dans un univers parallèle, le check-point s’efforçait de maintenir la méchante routine habituelle. Une ambulance venant de Jénine qui emmenait une fillette de 13 ans atteinte de leucémie a dû être mise dans une ambulance qui est venue de Jérusalem-Est pour aller recevoir ses soins à l’hôpital Augusta Victoria. Et le policier au check-point a été furieux à la vue de ma caméra, et la personne qui conduisait l’ambulance venant des territoires occupées a essayé de le calmer, lui disant : « Mr l’officier, nous ne cherchons pas à être pris en photo... » « Vous, taisez-vous ! » a été la réponse.

Et aussi ce chauffeur de taxi qui racontait que dans la matinée, au check-point de Hizme (un check-point destiné au service des colons et où seuls les Palestiniens sont inspectés, et où les habitants de Jérusalem-Est sont les seuls autorisés à traverser), un policier des frontières avait exigé que tous les passagers, tous des Palestiniens évidemment, descendent de leurs véhicules pour inspection. L’une des passagères avait une jambe cassée et a demandé à rester dans le taxi. Le policier des frontières a insisté pour qu’elle sorte avec les autres. Le chauffeur de taxi a tenté de plaider sa cause auprès du policier, mais en punition pour cette initiative, il a été détenu pendant trois heures sur le côté du check-point : « Je ne la connaissais même pas, j’essayais juste de lui expliquer à lui, pour qu’il la prenne en pitié, et qu’il comprenne qu’elle souffrait... » a-t-il dit pour terminer son récit.

Dans les territoires occupés, les règles et lois ne sont pas définies par la justice mais par la seule force.

(Traduit par Ruth Fleishman - de l’hébreu en anglais)

Membre de Machsomwatch, une fois par semaine, Tamar Fleishman se rend sur des check-points pour documenter, entre Jérusalem et Ramallah. Cette documentation (articles, photos et vidéos) peut être consultée sur le site de l’organisation : http://www.machsomwatch.org. Elle est également membre de la Coalition des Femmes pour la Paix et bénévole dans le groupe Briser le Silence. Elle a rédigé cet article pour Palestine-Chronicle.

De la même auteure :

- Enfants de Qalandiya : l’avenir déjà tracé de Sharif

8 octobre 2012 - The Palestine Chronicle - traduction : Info-Palestine.net/JPP


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