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Les Palestiniens en Libye craignent l’expulsion

dimanche 2 septembre 2012 - 07h:09

Rebecca Murray

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Droits de l’homme : juste avant le renversement du régime Kadhafi il y a un an, Huda et sa famille palestinienne ont été expulsées par la force de leur maison de Tripoli.

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Février 2011 - Une employée de la Commission des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), s’entretient avec deux femmes palestiniennes qui sont restées bloquées dans Sallum, à la frontière égyptienne, après avoir fui les violences en Libye - Photo : UNHCR/P. Moore

Tripoli - (IPS) - « C’était en août dernier et il y avait beaucoup de violence. Il n’y avait pas de gouvernement. Mon mari avait eu une crise cardiaque et nous étions paniqués » dit Huda, une femme inquiète d’âge moyen vêtue de noir de la tête aux pieds. Elle fond en larmes.

« Nous avons demandé un peu plus de temps pour trouver un autre endroit mais les enfants du propriétaire sont venus et ont hurlé de vilaines paroles. Nous avons quitté notre maison avec tous les meubles. Nous avons été mis dehors avec violence ».

Le propriétaire initial a vu ses propriétés confisquées par le gouvernement en 1978 aux termes de la radicale Loi 4 sur le logement qui décrète qu’une seule résidence est autorisée par famille.

Lorsque la révolution a éclaté l’an dernier, Huda dit que le propriétaire a redemandé certaines de ses propriétés, mais a été rassurée quand il a ordonné à ses enfant de « laisser la famille palestinienne tranquille ».

Originaires d’Acre en Palestine, les parents de Huda ont fui les violences de 1948 au Liban-Sud. Trois décennies plus tard, Huda et son mari ont échappé à une autre guerre brutale. Ils sont partis en Libye avec des papiers libanais, et ont fini par trouver un travail, une maison et la stabilité.

Après avoir payé pendant trois décennies un loyer officiel minimum, Huda en est venue à payer cinq fois ce montant au propriétaire. Mais quand il est décédé l’an dernier, ses enfants sont venus exiger leur héritage.

Vulnérabilité des Palestiniens en Libye

Depuis la révolution libyenne, des conflits de propriété ont surgi, première menace à la sécurité nationale en Libye. Bien que touchant surtout les Libyens, la crise a durement touché la communauté des réfugiés palestiniens. L’afflux de Palestiniens arrivant de Syrie a mis en lumière la vulnérabilité accrue de leur statut « d’hôte » au regard de la future législation gouvernementale.

On estime qu’il y a de 45.000 à 70 000 Palestiniens en Libye aujourd’hui. Les statistiques sont difficile à établir surtout après le conflit de l’an dernier car beaucoup ont fui le pays, ont été déplacés à l’intérieur ou ont un statut irrégulier.

Signataire du protocole de Casablanca de 1965 qui protège les droits de Palestiniens dans les pays arabes, la Libye a généralement bien accueilli les réfugiés palestiniens de la région, y compris de Gaza et du Liban. Beaucoup ont travaillé comme ouvriers qualifiés dans l’industrie libyenne du pétrole et du gaz, et bénéficié de logements sociaux, d’une éducation gratuite et de soins de santé.

Bien que Kadhafi ait claironné son soutien à la cause palestinienne - favorisant à tour de rôle une faction ou une autre, recrutant une force de mercenaires palestiniens pour sa guerre avec le Tchad - la population n’en a pas moins fait les frais de sa mégalomanie politique dans une série d’expulsions de masse.

Le numéro médiatique de Kadhafi en 1995-96 pour prouver que les accords d’Oslo étaient une imposture fut désastreux : il a provoqué l’expulsion de milliers de Palestiniens, des milliers d’autres se retrouvant dans des tentes à la frontière égyptienne.

« Puisque les dirigeants palestiniens prétendant qu’ils n’ont ni passeport ni patrie » avait dit Kadhafi ; « laissez les 30 000 Palestiniens de Libye retourner dans leur pays et on verra si les Israéliens leur permettent le retour. C’est ainsi que le monde saura que la paix qu’il a défendue n’est que tricherie et conspiration ».

Beaucoup de Palestiniens qui ont réussi à retourner en Libye ont constaté qu’ils avaient perdu leur relative sécurité leur maison et leur travail, aggravant l’insécurité de leur statut et de leurs déplacements.

La neutralité palestinienne

Elena Fiddian-Qasmiyeh, chercheuse au Centre d’Etudes sur les Réfugiés à l’Université d’Oxford, dit que le début de la révolution en 2011 fut une période de peur pour les Palestiniens, qui occupaient une position de spectateurs.

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Réfugiés palestiniens en Lybie

« Quelques personnes à qui j’ai parlé affirmaient être attaquées par des forces pro-régime pour ne pas s’être engagées dans des activités armées, ou bien attaquées par le mouvement anti-régime en raison d’une association présumée avec les tenants du régime », dit-elle.

La communauté palestinienne était encore sous le coup des expulsions « Oslo » de Kadhafi. Selon Elena Fiddian-Qasmiyeh, « beaucoup souhaitaient ne pas bouger et rester pour ne pas perdre leur maison et les occasions économiques qu’ils espéraient voir revenir quand la situation serait calmée ».

Selon Al-Mutawakel Taha, le nouvel ambassadeur palestinien en Libye, le principal défi est que plus de la moitié des Palestiniens ont des papiers périmés parce qu’ils ont peur de se présenter aux autorités.

« Le gouvernement lybien exigera bientôt des permis de séjour aux Palestiniens » prévient-il. « Avec les nouvelles lois les choses vont changer - socialement, économiquement et légalement. »

Taha prédit que les nouvelles politiques néolibérales du gouvernement feront monter les prix pour les Palestiniens en supprimant les subsides alimentaires, et définiront précisément qui a droit aux soins de santé, aux logements et aux services gratuits.

« Aucune loi ne me protège »

Anouar, un Palestinien de 67 ans, est une victime manifeste : venu en Libye depuis le Liban-Sud en 1972, il vient d’être expulsé de sa maison, l’ancien propriétaire étant venu brandir un papier devant lui en lui ordonnant de partir.

« Il n’y a aucune loi qui me protège » dit-il « Je savais que si je disais non j’aurais des problèmes, parce que mes voisins ont été évacués de force ».

Anouar se bat maintenant pour subvenir aux besoins de sa femme et de leurs enfants, dans un appartement au loyer bien plus élevé. Quatre de ses enfants souffrent d’affections génétiques - et sont entièrement dépendants de leurs parents et du système médical libyen.

La Loi 4 sur le logement est toujours enregistrée avec une nouvelle proposition de loi qui attend la décision du nouveau gouvernement.

« Ces expulsions étaient sans doute illégales » dit l’avocat des droits de l’homme Salah Marghani. « Mais le système judiciaire s’est pratiquement effondré ces derniers mois. Si quelqu’un vous expulse par la force et que vous allez en justice, vous avez peu de chances de trouver un juge qui vous réintègrera. Et même si vous obtenez un bout de papier, si le propriétaire a une khatiba [milice] derrière lui, que pourrez-vous faire ? » 

Shakr Mohamed Dakhil est le fer de lance de l’Association libyenne défendant les propriétaires, composée de ceux qui ont vu leurs propriétés confisquées par Kadhafi. Il avoue avoir du mal à contrôler certains de ses membres qui recourent à la violence.

« L’ambassadeur palestinien était très préoccupé. Nous avons tenu une petite manifestation hors de l’ambassade il y a environ quatre mois au sujet de toutes les propriétés occupées par des Palestiniens, et que nos membres veulent récupérer. Cette manifestation était un avertissement ».

L’ambassadeur Taha dit qu’il a rencontré le groupe de Dakhil et qu’il attend une liste de tous les Palestiniens vivant dans des propriétés contestées, afin de pouvoir déterminer leur statut économique au cas par cas. Il a également déménagé son ambassade de la villa d’enfance de Dakhil vers un nouveau site.

« Si vous sentez que votre maison est menacée, vous vous sentez en insécurité » dit Salah Marghani. « Et l’insécurité nuit à la paix sociale. La plupart des occupants de propriétés sont des Lybiens. Mais les étrangers sont plus faibles que les nationaux. Ils sont une cible plus facile. »

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Traduction : Info-Palestine.net - Marie Meert


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