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L’auteure de la "Couleur pourpre" refuse sa (publication en Israël) : "Israël est coupable d’apartheid"

mardi 19 juin 2012 - 09h:35

JTA - Ha’aretz/PACBI

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Ndp : contrairement à ce qu’écrit Ha’aretz, la lettre d’Alice Walker ne s’oppose pas à une traduction en hébreu de son livre, mais à sa publication en Israël.

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Militante pour les droits humains et auteure, Alice Walker intervenant lors d’une conférence sur la flottille internationale contre le blocus de Gaza, à Athènes, le 27 juin 2011.
Photo AP




Alice Walker dit que la politique israélienne est « pire » que la ségrégation dont elle a souffert en tant que jeune américaine, et que les Sud-Africains lui ont dit qu’elle était pire aussi que l’apartheid.

Alice Walker, auteure de la Couleur pourpre a refusé l’autorisation d’une traduction de son ?uvre primée, évoquant ce qu’elle appelle l’ « État apartheid » d’Israël.

Dans une lettre datée du 9 juin (1) à l’éditeur israélien Yediot Books, Walker dit qu’elle ne permet pas la publication de son livre en hébreu parce qu’ « Israël est coupable d’apartheid et de persécution du peuple palestinien, tant à l’intérieur d’Israël que dans les territoires occupés ».

Dans sa lettre, publiée dimanche par la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël sur son site, Walker soutient le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions et exprime son espoir que le mouvement BDS « aura assez d’influence sur la société civile israélienne pour changer la situation ».

On ne sait pas quand Yediot Books, maison d’édition du quotidien Yediot Achronot, a fait la demande, et si Walker peut en réalité arrêter la traduction du livre. Au moins une version du livre est déjà parue en hébreu dans les années quatre-vingt.

Walker dit que la politique israélienne est « pire » que la ségrégation dont elle a souffert en tant que jeune Américaine et les Sud-Africains lui ont dit que c’était pire aussi que l’apartheid.

La Couleur pourpre, qui a remporté le Prix Pulitzer de la fiction en 1983, a été adapté au cinéma en 1985 dans un film réalisé par le cinéaste juif Steven Spielberg.

Le roman et le film, qui a été nominé pour 11 Oscars, traitent du racisme dans le sud des États-Unis durant la première moitié du 20e siècle et du sexisme chez les Noirs.

Walker a intensifié son militantisme anti-Israël ces dernières années, se rendant dans la bande de Gaza pour prendre la défense des Palestiniens.


Lettre d’Alice Walker à l’éditeur israélien Yediot Books

Cette lettre est publiée avec l’autorisation de l’auteure.

9 juin 2012

Chers éditeurs à Yediot Books,

Merci beaucoup d’avoir souhaité publier mon roman La Couleur pourpre. Il ne m’est pas possible de vous le permettre à ce moment pour la raison suivante : comme vous le savez peut-être, l’automne dernier, en Afrique du Sud, le Tribunal Russel sur la Palestine s’est réuni et a jugé qu’Israël se rendait coupable d’apartheid et de persécution du peuple palestinien, tant à l’intérieur d’Israël que dans les territoires occupés. Les témoignages que nous avons entendus, d’Israéliens et de Palestiniens (j’étais juriste), ont été accablants. J’ai grandi sous l’apartheid états-unien mais ce que nous avons entendu était bien pire. En effet, beaucoup de Sud-Africains qui y participaient, notamment Desmond Tutu, ont estimé que la version israélienne de ces crimes était pire même que ce dont ils avaient souffert sous le régime de la suprématie blanche qui a dominé l’Afrique du Sud pendant si longtemps.

Mon espoir, c’est que le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), dont je fais partie, acquiert assez d’influence sur la société civile israélienne pour changer la situation.

Dans ce sens, j’offre un exemple précédent de l’engagement de la Couleur pourpre dans un effort au niveau mondial pour débarrasser l’humanité de ses coutumes autodestructrices de déshumanisation de populations entières. Quand le film La Couleur pourpre, est sorti et que nous tous qui l’avions décidé l’avons adoré, Steven Spielberg, le réalisateur, s’est trouvé à devoir décider s’il autorisait qu’il circule et soit présenté au public en Afrique du Sud. J’ai pesé contre cette idée parce que, tout comme avec Israël aujourd’hui, il existait un mouvement de la société civile pour le BDS qui visait à changer la politique d’apartheid d’Afrique du Sud, et, en fait, à transformer le gouvernement.

Ce ne fut pas une position particulièrement difficile à prendre pour moi : je crois profondément dans les méthodes non violentes pour le changement social, même si elles semblent parfois n’en plus finir, mais j’ai regretté de ne pouvoir partager notre film, immédiatement, avec (notamment) Winnie et Nelson Mandela et leurs enfants, et aussi avec la veuve et les enfants de Steven Biko, sauvagement assassiné pendant sa garde à vue, ce journaliste visionnaire et défenseur de l’intégrité et de la liberté africaines.

Nous avions donc décidé d’attendre. Quel bonheur pour nous tous quand le régime d’apartheid a été démantelé et que Nelson Mandela est devenu le premier Président de couleur d’Afrique du Sud.

C’est alors seulement que nous leur avons envoyé notre beau film ! Et jusqu’à maintenant, quand je me rends en Afrique du Sud, je peux me tenir tête haute, et rien ne fait obstacle à l’amour qui s’échange entre moi et les gens de ce pays.

Ceci pour vous dire que j’aimerais tant savoir que mes livres sont lus par les gens de votre pays, particulièrement par les jeunes, et par les militants israéliens courageux (juifs et palestiniens) qui oeuvrent pour la justice et la paix, aux côtés desquels j’ai eu la joie d’agir. J’ai bon espoir qu’un jour cela arrive, peut-être bientôt. Mais maintenant n’est pas le moment.

Nous devons continuer à travailler sur cette question, et attendre.

Avec l’assurance qu’un avenir juste peut être façonné par de petits actes.

Alice Walker

Publié le 17 juin 2012 par PACBI

19 juin 2012 - Ha’aretz - traduction : Info-Palestine.net


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