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Sauvagerie tolérée : le meurtre de Palestiniens par Israël

mercredi 14 mars 2012 - 08h:18

As’ad AbuKhalil

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Le carnage continue. Israël, ou plus exactement le mouvement sioniste, n’a pas cessé d’être brutal et répressif à l’égard des Palestiniens depuis l’avènement du mouvement sioniste en Palestine à la fin du 19ème siècle.

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12 mars 2012 - Un jeune palestinien blessé crie alors qu’il vient d’être emmené dans un hôpital de la ville de Gaza après un raid aérien israélien sur un immeuble dans le camp de réfugiés de Jabalya au nord de la bande de Gaza - Photo : AFP/Mohammed Abed

Et maintenant nous avons une nouvelle occasion de regarder cela avec dégoût. Au Moyen-Orient, l’hypocrisie occidentale ne connaît pas de limites .

Les gouvernements occidentaux se disent atterrés par la répression et la brutalité du régime syrien. Bien sûr, les gouvernements occidentaux ne pouvaient pas moins se soucier de la population syrienne. Ils étaient capables de « faire des affaires » avec la dynastie régnante Assad depuis des décennies. Leurs critères de jugement politique au Moyen-Orient n’ont rien à voir avec des considérations de justice et de démocratie. Ces critères sont fixés à Washington et sils sont basés sur les services à rendre au régime israélien et sur la soumission aux intérêts américains. Les gouvernements occidentaux n’ont plus qu’à prendre le train en marche.

Ces critères ont aussi permis aux États-Unis de changer leur attitude à l’égard de Kadhafi en l’espace de quelques mois : d’un paria, Kadhafi est devenu la coqueluche des gouvernements occidentaux et les sénateurs et officiels des États-Unis ont afflué dans sa tente (tout comme ils affluent vers les palais des rois et des princes du Golfe).

Les gouvernements occidentaux n’ont jamais exprimé de la sympathie pour le peuple syrien, victime du régime Assad et victime de l’occupation et de la brutalité israélienne. Pourtant, les gouvernements occidentaux n’ont pas tardé à appeler à armer le peuple syrien quelques mois seulement après le début du soulèvement.

Mais les Palestiniens n’ont jamais été traités avec une telle considération. Peu importe la violence qui leur est infligée, et peu importe combien de massacres ils doivent subir, les gouvernements occidentaux insistent pour que le peuple palestinien (et toute autre personne vivant sous occupation israélienne) n’ait pas le droit de recourir aux armes pour libérer ses terres et « protéger ses civils ».

La dernière trouvaille est désormais l’expression orwellienne qui permet à l’OTAN de bombarder des civils au nom de la protection des civils. La protection des civils est le nouveau mandat des Nations Unies mais réservé à quelques pays seulement (anciennement colonialistes) pour gouverner et déterminer le destin de certains pays qui ne sont pas dans le camp des États-Unis. Les civils en Arabie saoudite, au Bahreïn, et en Jordanie n’entrent pas dans cette catégorie, bien sûr.

Mais les Palestiniens ont été brutalisés pendant plus d’un siècle. Aucun mouvement de libération dans le monde ne dispose d’un meilleur argumentaire contre la résistance pacifique que le mouvement national palestinien. Pire, les gouvernements occidentaux veulent nier aux Palestiniens le droit même à la résistance pacifique. La lutte pacifique du BDS [Boycott, Divestment and Sanctions] est maintenant sous le feu des critiques en Occident, et est en fait illégale selon la loi des États-Unis.

Les sionistes au sein du Congrès ont pu depuis les années 1970 faire adopter des lois qui permettent la poursuite en justice d’une entreprise américaine qui respecte les règles en vigueur dans la Ligue arabe du boycott d’Israël. En d’autres termes, les États-Unis s’attendent à ce que les Palestiniens se privent de toute lutte, pacifique ou violente, contre leurs occupants en échange des « efforts de paix » américains. Cette idée serait risible même formulée en langue arabe, et pourtant c’est l’attitude conventionnelle adoptée par les deux partis [républicain et démocrate] aux États-Unis.

Israël a massacré des Palestiniens toute cette semaine, mais cette fois le gouvernement américain a réagi. Il a condamné la violence palestinienne, en toutes lettres. Les nouvelles faisant état de Palestiniens tués n’ont aucune espèce d’importance pour les éditeurs des quotidiens ou journaux télévisés américains. Il est bien sûr question de racisme dans la façon dont ces morts palestiniens sont traités aux États-Unis. En tant qu’êtres humains, ils n’ont tout simplement pas autant de valeur que des morts israéliens.

Israël, passé maître dans l’art du mensonge, de l’exagération, de la distorsion et de la propagande, se pose d’emblée comme une victime. C’est un état qui a joué la victime quand il a attaqué trois pays en 1967, et il a inventé un concept immonde qui lui permet d’assassiner et de porter la guerre où bon lui semble, ce qui lui permet de tuer n’importe qui et d’attaquer n’importe quel Etat, sous le prétexte que l’État ou la personne en question peut nuire à Israël dans l’avenir. Imaginons seulement une minute que l’Iran applique un tel concept dans le monde d’aujourd’hui...

La propagande israélienne masque jusqu’à la victimisation des Palestiniens en gonflant systématiquement les dommages causés par les attaques de fusées artisanales : même les gens qui se déplacent jusqu’à un abri sont répertoriées comme « des blessés » et les gens qui sont « choqués » par le bruit sont également répertorié comme « des victimes ». Dans un années électorale, ces personnes pourront recevoir des appels de sympathie de M. Obama et de son rival républicain.

Mais ce mépris raciste des États-Unis pour la vie des Palestiniens ne doit pas conduire au désespoir. Les sables du Moyen-Orient se déplacent rapidement. Moubarak, la pierre angulaire de la stratégie américano-israélienne dans le monde arabe est couché sur une civière. Ces sables continueront à se déplacer et quand l’image se précisera un peu plus, d’ici quelques mois, voire quelques années, il deviendra évident que l’entité sioniste occupante ne peut pas survivre dans une mer d’hostilité populaire (et démocratique). A ce moment-là, l’AIPAC ne se souviendra avec nostalgie de ses réalisations passées.

Du même auteur :

- Syrie : qu’en est-il du rapport des observateurs de la Ligue arabe ? - 27 janvier 2012
- Quel processus de paix ? Quelle paix ? - 29 novembre 2010
- Le sommet de la Ligue arabe, c’est du théâtre - 29 mars 2010
- La fin du « tout est permis » ? - 5 novembre 2009
- Les 12 règles pour de bonnes élections dans les pays en voie de développement - 16 juin 2009
- Entretien avec l’Arabe en colère - 27 mai 2007

11 mars 2012 - al-Akhbar - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.al-akhbar.com/blogs/...
Traduction : Info-Palestine.net - Naguib


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