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Manifestations férocement réprimées en Libye et au Bahrein

vendredi 18 février 2011 - 09h:21

Al Jazeera

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Le « Jour de colère » a été meurtrier en Libye. Les informations font été de plus d’une dizaine de morts tandis que les protestataires appellent à des manifestations de masse contre le gouvernement, en dépit de la répression.

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"Nous ne nous rendrons pas... Nous vaincrons ou nous mourrons. Ce n’est pas la fin. Vous nous combattrez mais vous combattrez aussi les générations à venir jusqu’à ce que la Lybie soit libre"

les manifestants libyens qui cherchent à évincer le dictateur de longue date Mouammar Kadhafi, ont défié la répression et sont descendus dans la rue à l’occasion de ce que les militants ont qualifié de « Jour de colère ».

On rapporte que plus d’une dizaine de manifestants ont été tués dans des affrontements avec des groupes pro-gouvernementaux [et avec la police de Kadhafi].

Les opposants à Kadhafi, communiquant de façon anonyme par le réseau ou depuis leur exil, ont exhorté les gens à protester, jeudi, pour tenter d’imiter les soulèvements populaires qui ont permis d’expulser les dirigeants dans les pays voisins de la Tunisie et de l’Egypte.

« Aujourd’hui, les Libyens ont franchi le mur de la peur, c’est une nouvelle aube », a déclaré Faiz Jibril, chef de l’opposition en exil.

Abdullah, un témoin direct dans Benghazi, la deuxième ville du pays et qui s’est exprimé devant Al Jazeera, a dit avoir vu six manifestants non armés abattus par la police jeudi.

Il a également dit que le gouvernement avait libéré une trentaine de personnes de la prison, les payant et les armer pour agresser les gens dans la rue.

Le site d’opposition Libya Al-Youm a précisé que quatre manifestants ont été abattus par des tireurs d’élite des Forces de sécurité intérieures dans la ville orientale d’al-Baida, qui a vu aussi des protestations mercredi et jeudi, selon l’agence de nouvelles AP.

« La Libye est un pays libre, et les gens peuvent parler, peuvent exposer leurs idées, et l’essentiel est que cela se fasse dans le cadre de la loi et pacifiquement, » a déclaré à Al Jazeera l’ambassadeur de la Libye aux États-Unis, Ali Suleiman Aujali.

Un site géré depuis Chypre et une organisation libyenne de défense des droits humains basée à l’étranger ont rapporté que les protestations à Al-Baida avaient coûté la vie à au moins 13 personnes.

Interrogé sur les personnes qui auraient été tuées, Aujali a déclaré à Al Jazeera : « Je suis vraiment très occupé ici ... et j’ai quelques délégations, et je n’ai pas le temps d’assurer le suivi de toutes les nouvelles. »

« Je suis convaincu que la Libye traitera cette question avec beaucoup de respect pour le peuple », a-t-il ajouté.

Augmentation du nombre de tués

Mohammed Ali Abdellah, chef adjoint en exil du Front national pour le salut de la Libye, a déclaré que les hôpitaux d’Al-Baida sont confrontés à une pénurie de fournitures médicales, disant que le gouvernement avait refusé de les approvisionner alors qu’ils leur faut traiter un nombre croissant de manifestants blessés.

Abdellah a cité des responsables hospitaliers dans la ville disant que sur 70 personnes qui ont été admises depuis mercredi soir, près de la moitié d’entre elles étaient grièvement blessées par balles.

Le journal Quryna, qui est proche du fils Kadhafi, a limité le nombre de morts à deux, citant des sources officielles. Selon ce journal, l’agitation est due à un arrêt par la police des commerces de proximité, initiative qui a rapidement dégénéré.

Le ministère de l’Intérieur a limogé le chef de la sécurité dans la province d’Al-Jabal Al-Akhdar à la suite des violences, au cours desquelles les manifestants ont incendié « plusieurs voitures de police et de citoyens », a indiqué le journal sur son site Internet.

Plusieurs centaines de partisans de Kadhafi ont été rassemblés dans la capitale Tripoli, pour contrer les appels à des manifestations anti-gouvernementales et ils ont été rejoints par Kadhafi lui-même.

« A bas Kadhafi »

Des affrontements ont également éclaté dans la ville de Zentan, au sud-ouest de la capitale, où un certain nombre de bâtiments publics ont été incendiés.

Fathi al-Warfali, un militant basé en Suisse et chef du Comité lybien pour la Vérité et la Justice, a déclaré que deux autres personnes ont été tuées dans Zentan ce jeudi, tandis qu’un manifestant a été tué à Rijban, une ville située à 120 km au sud-ouest de Tripoli.

Il a dit également que les manifestants de ce jeudi dans la ville côtière de Darnah scandaient « le peuple veut le renversement du régime » - un slogan populaire des manifestations en Tunisie et en Egypte - et que des voyous et la police les avaient attaqués.

Une vidéo de la scène dans Zentan fournie par al-Warfali, montre des manifestants chantant et tenant une banderole qui disait : « A bas Kadhafi. A bas le régime. »

Une autre vidéo montrait les manifestations des avocats à Benghazi ce jeudi, réclamant une réforme politique et économique, tandis qu’une troisième viédo montrait une manifestation à Shahat, une petite ville au sud-ouest de Benghazi.

Menaces du pouvoir

La Libye a été étroitement contrôlée plus de 40 ans par Kadhafi, qui est maintenant le doyen des chefs d’Etat en Afrique.

Jeudi était jour anniversaire des affrontements qui ont eu lieu le 17 février 2006 à Benghazi, lorsque les forces de sécurité ont tué plusieurs manifestants qui attaquaient le consulat italien de la ville.

Selon les rapports sur Twitter, le site de microblogging, le régime libyen a diffusé des messages texto aux gens en les avertissant que des balles réelles seront utilisées s’ils se joignent aux manifestations d’aujourd’hui.

Human Rights Watch [New York] a déclaré que les autorités libyennes ont arrêté 14 militants, des écrivains et des manifestants alors qu’ils préparaient des rassemblements anti-gouvernementaux.

Al-Warfali a précisé que 11 manifestants ont été tués dans al-Baida, mercredi soir, et qu’il y avait de nombreux blessés. Il a dit aussi que le gouvernement avait envoyé des commandos de l’armée pour réprimer le soulèvement.

Dans un entretien téléphonique avec Al Jazeera, le mercredi, Idris Al-Mesmari, un romancier et écrivain libyen, a déclaré que des agents de sécurité en civil sont venus et ont dispersé les manifestants à Benghazi en utilisant des gaz lacrymogènes, des matraques et de l’eau brûlante.

Al-Mesmari a été arrêté quelques heures après l’entrevue.

Médias bloqués

Tard mercredi soir il était impossible de contacter les témoins à Benghazi, car les connexions téléphoniques de la ville semblent être hors de service.

Des sites sociaux auraient été bloqués pendant plusieurs heures dans l’après-midi, mais l’accès a été rétabli dans la soirée.

Al Jazeera est censé avoir été retiré du réseau câblé de télévision appartenant à l’État, mais la chaîne serait toujours disponible sur des réseaux satellitaires.

Bien que certains Libyens se plaignent du chômage, des inégalités et les limites sur les libertés politiques, les analystes disent qu’une révolte de style égyptien est peu probable parce que le gouvernement peut utiliser les revenus pétroliers pour atténuer la plupart des problèmes sociaux [rappelons que les mêmes esprits forts contestaient la possibilité de provoquer la chute de Moubarak en Egypte - N.d.T].

La Libye représente environ 2% des exportations mondiales de pétrole brut.

Des sociétés telles que Shell, BP et Eni ont investi des milliards de dollars en exploitant ses champs de pétrole, lesquels abritent les plus grandes réserves connues en Afrique.

18 février 2011 - Al Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
http://english.aljazeera.net/news/a...


Le Bahrein enterre ses victimes de la répression

L’armée verrouille la capitale Manama après l’attaque de la police contre des manifestants pacifiques, et qui a fait quatre morts.

Des troupes et des chars ont verrouillé Manama, la capitale de Bahreïn, tandis qu’une interdiction des rassemblements publics a été annoncée, alors que les partisans de la réforme enterrent leurs morts après une journée de répression violente par la police.

Des chars et des véhicules blindés patrouillaient dans les rues de Manama, ce vendredi, où des points de contrôle ont été mis en place par l’armée.

Le correspondant d’Al Jazeera, qui ne peut être nommé pour des raisons de sécurité, a rapporté que des centaines de personnes ont suivi les funérailles de trois personnes qui avaient été tuées dans un raid de la police avant l’aube contre un rassemblement.

La foule assistant aux funérailles dans Sitra, ce vendredi, n’étaient cependant pas aussi importantes que celles vues lors des funérailles précédentes, a indiqué notre correspondant.

Il a dit aussi que c’était à cause d’une forte présence policière dans les rues, la police et l’armée bloquant des routes.

« Beaucoup de ceux qui dans le passé ont participé [aux protestations] ... ont peur. Ils ont peur et ils ne veulent pas de se présenter à une manifestation dans ces conditions parce qu’ils craignent pour leur vie », dit-il.

Il a déclaré également que même s’il était « pratiquement impossible » de confirmer le nombre de ceux qui avaient disparu au cours de la violente répression des manifestations, selon un politicien de l’opposition, ce nombre est de 70.

Raid meurtrier avant l’aube

Tôt le jeudi matin, la police antiémeute a dispersé une foule de manifestants à Manama en utilisant des clubs et des gaz lacrymogènes, tuant au moins quatre personnes.

Quelques heures après l’attaque du rond-point principal de Manama, l’armée a annoncé l’interdiction des rassemblements, en disant à la télévision d’État avoir « les points clés » de la capitale sous son contrôle.

Khalid Al Khalifa, ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, a justifié la répression comme nécessaire parce que les manifestants étaient « divisaient le pays » en le poussant « au bord du gouffre sectaire ».

S’exprimant après une rencontre avec ses homologues du Golfe, il dit que la violence était « regrettable ».

Il a nié, toutefois, que les militaires aient utilisé « des armes contre le peuple », insistant sur le fait que les forces de sécurité ont été seulement « tenté d’évacuer la place ».

Deux personnes avaient été tuées par des tirs de la police contre des manifestants avant le raid meurtrier de la police ce jeudi.

Le correspondant d’Al Jazeera a déclaré que les hôpitaux sont pleins de blessés après le raid de la police mercredi soir contre les manifestants pro-réforme.

« Certains d’entre eux ont été gravement blessés par des tirs de fusil. Il y a parmi eux des patients mais aussi des médecins et du personnel d’urgence qui ont été attaqués par la police alors qu’ils tentaient de soigner les blessés. »

En tant que journaliste, vous êtes parfois abattu de tristesse. Il est tout simplement bouleversant de voir le moderne et modérée Bahreïn aujourd’hui, et de constater comment un allié critique des Etats-Unis utilise des tanks, des troupes, des armes et des clubs pour écraser un mouvement démocratique pacifique et puis ensuite mentir à ce sujet.

Ce genre de répression brutale est normalement réservée aux nations éloignées et en retard, mais pas au Bahreïn ! Un centre bancaire international. Une importante base navale américaine, la résidence de la Cinquième Flotte. Un pays riche et bien éduqué avec une importante classe moyenne et des valeurs universelles - Nicolas Kristof du New York Times

Un autre reporter d’Al Jazeera en ligne a déclaré que des explosions pouvaient être entendues dans différentes parties de la ville, ce qui suggère que « des gaz lacrymogènes sont utilisés pour disperser les manifestants dans plusieurs quartiers ».

Après plusieurs jours de [très relative] retenue, les dirigeants arabes sunnites du Bahreïn ont déclenché une violente répression, essayant d’empêcher les bouleversements anti-gouvernementaux d’atteindre les Etats arabes du Golfe après les soulèvements en Tunisie et en Egypte.

« Colère encore renforcée »

Dans l’assaut au rond-point Pearl, la police a démoli les tentes des manifestants, battant les hommes et les femmes à l’intérieur et tirant sur certains avec des fusils de chasse.

Le ministère de l’Intérieur affirme que les manifestants étaient armés d’épées, de couteaux et autres instruments à lames.

Le raid avant l’aube est un signe de la profonde préoccupation de la monarchie sunnite de l’île, laquelle craint les répercussions d’une onde de protestations dirigées par des membres de la majorité chiite du pays, mais qui sont également rejoints par un nombre croissant de sunnites mécontents.

Le minuscule Bahreïn est l’un des piliers de l’organisation militaire américaine dans la région. Il accueille la 5e Flotte de l’US Navy, et il est considéré par les États-Unis comme un contrepoids essentiel face à l’Iran.

Les souverains du Bahreïn et de leurs alliés arabes dénoncent atout signe de mécontentement au sein de leurs populations chiites comme une man ?uvre du voisin iranien à majorité chiite, afin d’étendre son influence dans la région. L’armée prendra toutes les mesures nécessaires pour préserver la sécurité, a dit le ministère de l’Intérieur.

Mais l’agression contre les manifestants ne peut que en enrager d’autres, qui, avant l’attaque avaient appelé à de grands rassemblements le vendredi.

A la suite de cette effusion de sang, des manifestants en colère scandaient « le régime doit partir », et ils ont brûlé des portraits du roi Hamad bin Isa Al Khalifa devant la salle d’urgence du complexe médical de Salmaniya, l’hôpital principal de Manama.

« Nous sommes encore plus en colère aujourd’hui. Ils pensent qu’ils peuvent sévir contre nous, mais ils n’ont fait que nous mettre plus en colère, » a crié dans la morgue de l’hôpital Makki Abou Taki dont le fils a été tué dans l’assaut.

« Nous allons descendre dans les rues en grand nombre et rendre hommage à nos martyrs. Le temps de Al Khalifa a pris fin. »

L’hôpital Salmaniya s’est trouvé débordé par l’arrivée de plusieurs dizaines de blessés en provenance du rond point Pearl, amenés par des ambulances et des voitures privées.

Au moins l’un des corps des victimes présentaient des signes de trous sanglants faits par des fusils de chasse utilisés par la police.

Les infirmières se sont précipités vers les hommes et les femmes sur des civières, leurs têtes sanglants, les bras dans des attelles, les visage meurtris. A l’entrée, des femmes enveloppées dans des robes noires se serraient entre elles et pleuraient.

Communiqué du Royaume-Uni

Pendant ce temps, la Grande-Bretagne a annoncé jeudi qu’elle revoyait les décisions d’exportation d’armes à destination du Bahreïn après que des manifestants anti-gouvernementaux aient été tués dans des affrontements avec les forces de sécurité.

« À la lumière des événements que nous constatons aujourd’hui, nous revoyons les dernières décisions relatives aux licences pour les exportations à destination de Bahreïn », a déclaré Alistair Burt, un ministre adjoint aux affaires étrangères, chargé du Moyen-Orient.

Il a averti que la Grande-Bretagne devrait « de toute urgence retirer les licences si on juge [que les armes exportées] ne respectent plus les critères » imposés pour l’exportation d’armes.

Dans un communiqué, Burt a fait savoir qu’une série de licences avaient été approuvées pour le Bahreïn au cours des neuf derniers mois, dont deux pour 250 cartouches de gaz lacrymogène destinées à la Force de défense du Bahreïn et de la National Security Agency « à des fins d’essai ou d’évaluation ».

Pour sa part, Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américain, a appelé le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn pour faire part de « la profonde préoccupation » de Washington et inciter à la retenue.

De même, Human Rights Watch a appelé les autorités de Bahreïn à faire cesser les attaques contre des manifestants pacifiques et à enquêter sur les décès.

Le ministère de l’Intérieur a mis en garde les Bahreïnites pour qu’ils restent en dehors des rues, et les banques et autres institutions sont restées fermées le jeudi.

Le rond-point Pearl a été le centre de manifestations depuis lundi, mais après le raid de jeudi matin il était entouré de voitures de police et bloqué avec des barbelés.

Les revendications des manifestants ont deux principaux objectifs : que la monarchie sunnite d’abandonner son hégémonie sur les postes gouvernementaux de haut niveau et toutes les décisions importantes, et s’occupe des profonds griefs ressentis par les chiites du pays, qui représentent 70% des 500 000 citoyens du Bahreïn..

Cette communauté dit faire face à une discrimination systématique et à la pauvreté, et que les fonctions importantes dans la fonction publique et l’armée lui sont interdites.

18 février 2011 - Al Jazeera - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Info-Palestine.net


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